Une foule d’écoliers et d’élèves était dans la rue, le lundi 5 mars dernier à Lokossa. Une semaine après, ils participent à nouveau à un sit-in aux côtés des enseignants. Certains observateurs interprètent ce fait comme la manipulation des « innocents» dans la fronde contre le gouvernement. François Kpohouégbé, porte-parole des syndicats dans le Mono, s’en défend.

La Nation : Que pensez-vous de l’implication des élèves dans les marches des syndicats en mouvement ?

François Kpohouégbé : Ce n’est pas une manipulation, puisque les premières victimes de cette grève, ce sont les apprenants. Mais en réalité, au regard de la campagne médiatique en cours pour faire croire que les enseignants sont paresseux et refusent d’accomplir leurs missions pédagogiques, on s’est dit, à un moment donné, qu’il vaut mieux se faire entendres, expliquer la situation aux apprenants, qui sont nos premiers partenaires et alliés privilégiés afin d’éviter la confusion à leur niveau. C’est ainsi que conformément à la décision d’une assemblée générale, il a été organisé dans la matinée du jour de déferlement des apprenants dans les rues, des séances de sensibilisation dans des établissements du Mono. Lesquelles sensibilisations ont porté sur les raisons valables du mouvement de grève, notre attachement aux revendications, bref tout ce qui fâche les enseignants. L’objectif étant d’éviter que s’installe la confusion dans la tête des apprenants pour qu’ils ne se retournent pas contre nous. Ce faisant, nous les avons également considérés comme nos porte-parole auprès des parents pour leur dire que nous ne sommes pas en réalité des paresseux. Nous n’avons pas manqué de leur exposer la politique de sourde oreille menée par le gouvernement alors que nous enseignants n’entendons pas démordre par rapport à nos revendications légitimes. A l’issue de ces séances, les apprenants ont dû comprendre que dans ce duel, c’est eux les perdants. Et ne voulant pas subir le spectre d’une année blanche, ils ont décidé de ne pas rester indifférents. C’est alors qu’ils se sont portés vers les autorités censées soumettre leur appréhension au gouvernement.

Une semaine après, vous les sollicitez à vos côtés leurs parents pour un sit-in. Est-ce à dire que le mouvement syndical s’essouffle, au niveau de vos camarades enseignants directement concernés par la grève pour que vous vous appuyiez sur les élèves et leurs parents?

Non. Nous avons appelé les camarades à un sit-in à la préfecture de Lokossa pour continuer à marteler nos légitimes revendications et dire que tant que le gouvernement ne va se prononcer franchement sur celles-ci, il n’y a plus question de faire marche arrière. On préfère lui laisser le reste du temps pour prendre toutes les dispositions qui s’imposent afin de régler, une fois pour de bon, les problèmes. Mais dans ces conditions, vous comprenez que les deux grands perdants sont les apprenants et leurs parents. Les premiers craignant de perdre l’année scolaire 2017-2018 et les parents, leurs investissements dans la formation des enfants. Et c’est spontanément que chacune de ces catégories d’acteurs de l’école ont décidé de se joindre à notre mouvement pour espérer se faire entendre.

Apparemment, vous vous êtes déjà inscrits dans la dynamique d’une année blanche, n'est-ce pas?

Non, du tout pas. C’est avec une grande peine que nous observons ce qui se passe maintenant. C’est pourquoi chaque jour nous multiplions les manifestations pour dire que celui qui a la solution, c’est le gouvernement. Mais son attitude, le dilatoire qui s’observe pourrait avoir comme impact ce que vous appelez année blanche. Et cela ne dépendra pas de nous en ce moment-là.

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