Instituée en 1992, la fête des religions endogènes rassemble chaque 10 janvier des milliers d’adeptes du vodoun. Rites et diverses manifestations ponctuent cette grande cérémonie annuelle qui constitue aujourd’hui une véritable attraction au-delà des frontières béninoises.

Monde bigarré, adeptes du vodoun en transe, touristes et autres expatriés en villégiature…Le décor est le même chaque 10 janvier sur les différentes plages des villes de Ouidah et de Grand-Popo, hauts lieux de célébration de la fête des religions endogènes. Célébrée chaque année sur toute l’étendue du territoire national, elle rassemble des chefs et autres dignitaires du culte vodoun ainsi que des milliers d’adeptes de cette religion traditionnelle et autorités politico-administratives. Apparue dès la fin du XVIème siècle dans la région de Tado, sur les rives du fleuve Mono, elle est pratiquée par au moins 62% de la population du Bénin, au Sud du pays. Sur les différents sites dédiés à de nombreux rites faits d’immolation d’animaux (bœufs, moutons), de volaille, de prédictions, de prières et d’incantations, la fête des religions traditionnelles draine un monde important de curieux à la quête de sensations fortes. A la fête du vodoun, toutes les curiosités sont satisfaites. Course effrénée d’adeptes en transe, tours abracadabrants de gardiens de la tradition, sortie de divinités et course-poursuites entre divinités et spectateurs…C’est la totale. Pour les moins courageux qui peinent à se joindre à la masse, tenir la distance est la solution aux débandades et autres bousculades qui caractérisent ce spectacle combien excitant.
Cette année, l’oracle a prédit un bel avenir pour le pays et tous les sacrifices faits à l’occasion de cette fête tendent à appeler à la préservation de la paix.

Faire-valoir d’une identité

Instituée en 1992 par l’ancien président Nicéphore Dieudonné Soglo pour la promotion des religions endogènes, la fête du vodoun est un évènement important dans la vie des communautés vodoun au Bénin. Si les communautés chrétiennes et musulmanes ont eu, depuis des lustres, leurs fêtes commémoratives, l’institution de la fête du vodoun n’est que justice rendue à une religion dont la proportion des pratiquants est bien importante.
Le vodoun renvoie, en fon (langue du sud du Bénin), à «esprit».
L’adepte vodoun s'en remet à un certain nombre de divinités qui gèrent le monde. Elles sont déclinées autour des quatre éléments fondamentaux de la vie et du monde que sont la terre, l’eau, l’air et le feu. Le vodoun dispose donc d’une cosmogonie et d’une organisation qui lui confèrent tous les attributs d’une religion.
Il est recensé environ 200 divinités.
La fête du vodoun est l’occasion pour les fidèles de cette religion de célébrer le riche panthéon vodoun à travers des cérémonies rituelles, chants et danses dédiés à la gloire des divinités dans les temples, couvents et sur les places publiques. A travers les divinités telles que Sakpata (dieu de la variole), Mami (déesse des eaux), Thron, Ogou (dieu du fer), Hèbiosso (dieu du tonnerre), Tohio, etc., les adeptes du vodoun ne manquent pas au cours de cette célébration, d’insister sur les lois universelles et les principes cardinaux à observer ainsi que les comportements à adopter par chaque homme pour être en bonne santé, avoir la prospérité et le succès dans ses entreprises. Ils saisissent l’opportunité de clarifier ce qu’est véritablement le vodoun pour lever toute équivoque autour des pratiques. Loin d’être le refuge de pratiques diaboliques, le vodoun, selon Dah Alligbonon Akpochihala, dignitaire du culte vodoun, est la courroie de transmission entre Dieu Tout Puissant et les hommes. « Le vodoun est contre les pratiques sataniques, les sorciers et les méchants », confie-t-il sans occulter le fait que certains l’utilisent à des fins magiques et pour nuire à leur prochain.
Longtemps ignoré, décrié et souvent relégué au rang d’idolâtrie, le culte animiste a été réhabilité à travers la reconnaissance de ses pratiques et au grand bonheur des adeptes qui louent à chaque célébration le promoteur de cette fête et son adoption en août 1998 par l’Assemblée nationale ?

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