S’ils gardent encore le moral en dépit de leur état, c’est en partie grâce aux agents de la léproserie. Parmi eux, Julie Kalimatou Sabi Yo, infirmière, qui consacre pleinement ses journées à soigner les patients.

Un sourire permanent qui cache une timidité naturelle. Julie Kalimatou Sabi Yo n’est pas étrangère aux malades du Centre de traitement anti-lèpre de Natitingou. Sa disponibilité à leur égard les touche et leur redonne le moral. « Par ses soins, elle nous montre que nous ne sommes pas seuls au monde », témoigne une jeune nourrice fraîchement admise au centre. Suivant la polychimiothérapie (Pct) recommandée à tous les malades, elle confie son admiration pour l’infirmière qui, tôt le matin, fait le tour des cabines pour s’enquérir de leur état de santé avant de se diriger vers la salle de soins où viennent à elle tous les patients en attente de soins. Pansements, prise en charge de divers bobos et parfois des injections pour soigner d’autres maux outre que la lèpre…Les journées de travail de cet agent de santé recruté au profit du centre en 2014 sont bien longues et épuisantes. Mais elle puise au plus profond d’elle pour satisfaire ces malades qui s’en remettent à elle. « Je suis infirmière et c’est mon travail de m’occuper d’eux. Ce sont des personnes qui ont besoin de notre assistance et nous devons bien le leur rendre au risque de trahir notre serment », confie-t-elle, modestement.
A sa prise de service, elle reconnaît ne rien savoir de cette affection dont elle entend pourtant parler. « Quand on m’avait affectée ici, je ne savais pas trop ce qui m’attendait. Ce fut mon premier contact avec les personnes souffrant de la lèpre. Il a fallu que je me résous à accepter ma condition et à faire face aux cas qui se présentent à moi et ceci grâce à l’appui de tout le personnel et à la pratique », se souvient-elle, avec un soupir qui en dit long sur son engagement à servir les malades. Un exercice qui est loin d’être aisé. A l’évidence que la maladie que l’on traite est contagieuse et se savoir éventuellement condamné relève d’un courage à toute épreuve. Le risque de contamination d’autant plus est bien réel que la proprieté est loin d’être la chose la mieux partagée par les patients du centre. « La maladie se transmet aussi par des gouttelettes de salive et donc si vous êtes en contact étroit avec des malades qui sont sales, ils peuvent vous contaminer. Mais, il faut relever aussi qu’une fois sous polychimiothérapie le malade n’est plus contagieux », précise-t-elle, tout en admettant que seul Dieu protège. Si elle reconnaît que certains malades accordent une prime à leurs soins corporels, elle n’adoube par le fait qu’il faille rappeler continuellement à l’ordre les moins enclins à la propreté. « Sans un minimum de propreté, les proches qui vivent dans le centre ne sont pas à l’abri de la contamination », prévient-elle, sans pour autant ramollir son ardeur à la tâche.
Outre les plaies gangréneuses et récidivantes à panser, Julie Kalimatou Sabi Yo s’assure à son arrivée au travail que tous les malades à sa charge sont sur pied et d’aplomb à suivre la chimiothérapie qui s’avère contraignante pour certains. « A mon arrivée le matin je fais le tour des malades pour me rassurer qu’ils ont bien dormi », indique-t-elle. Concomitamment aux soins qu’elle leur prodigue, l’infirmière donne à ses patients des conseils, telle une assistante sociale. La prise en charge psychologique est nécessaire car selon elle, « beaucoup de malades se retrouvent abattus, démoralisés quand ils apprennent qu’ils sont infectés. Il faut leur parler de la maladie, leur faire vivre des témoignages pour qu’ils acceptent leur état et le traitement qui doit les guérir ».

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