La problématique de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, objet de la Semaine du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, édition 2017 met un accent particulier sur les approches innovantes et territoriales. Au cours d’une communication qu’il a présentée dans ce cadre, ce mardi 5 décembre sur la thématique, Vito Cistulli économiste, responsable de l’équipe ‘’institutions rurales et services’’ de la Fao, a souligné les caractéristiques de ladite approche. Il explique dans cette interview les défis à relever dans ce sens et les conditions de sa mise en œuvre dans la région sahélienne et ouest-africaine.

La Nation : M. Vito Cistulli, parlant de la sécurité alimentaire, vous avez axé votre communication sur les approches innovantes et territoriales. Qu’est-ce qu’on peut comprendre à travers ce concept ?
Vito Cistulli : Tous les territoires sont caractérisés par les capitaux territoriaux. Ce concept intègre l’environnement et les ressources naturelles. Il existe des zones agricoles productives et des zones peu productives. Les différents pays disposent d’un capital humain et des infrastructures. Certains territoires sont liés avec des marchés tandis que d’autres sont complètement déconnectés. Selon les territoires, le développement prendra des orientations différentes. Il faudra développer des activités parallèles dans une zone agricole peu productive. L’approche territoriale exige la connaissance des capitaux et les potentiels existant à partir de ces capitaux. Dans certaines zones, on remarque que le capital humain est très avancé. Ces zones peuvent s’engager dans des activités qui demandent une main-d’œuvre de plus haute qualité bien au-delà de l’agriculture. L’agriculture en elle-même rapporte peu dans les pays en voie de développement. Pour cela, il faut développer les secteurs de l’industrie. Certains pays sont confrontés au manque de diversification économique suffisante pour absorber la main-d’œuvre.

La thématique de l’approche territoriale n’est sans doute pas nouvelle pour des acteurs présents à cette rencontre. N’avez-vous pas l’impression que nous tournons en rond en Afrique en ce qui concerne la mise en œuvre effective de cette approche ?

Nous n’allons pas éliminer tout ce que nous avons fait jusqu’ici dans le cadre de la sécurité alimentaire. Au contraire ! Il existe des exemples de succès. Ce qui n’a pas été suffisamment fait, c’est de passer du concept sectoriel à l’intersectoriel où on met en exergue les interactions et les arbitrages sur les investissements. Les questions essentielles de l’approche territoriale mettent en lumière les priorités de développement. Il est normal que les ministres du Travail, de l’Agriculture, de l’Industrie des différents pays essaient d’avoir le maximum de budget pour leurs investissements. C’est dans ce sens qu’ils doivent également identifier les priorités qui feront la différence de l’approche de développement sur leurs territoires spécifiques.

Vous avez également souligné l’importance de la promotion agricole pour relever le défi nutritionnel en Afrique. L’agriculture est-elle la seule panacée pouvant aider les pays de l‘Afrique l’Ouest et du Sahel à apporter une riposte efficace et durable aux problèmes alimentaires ?

L’agriculture reste un secteur stratégique important pour la simple raison qu’il y a un fort potentiel de croissance de production agricole énorme dans les pays. Evidemment, les défis liés aux changements climatiques posent problèmes. Lesquels changements affectent l’agriculture. Nos actions doivent permettre de comprendre cet enjeu. De ce point de vue, l’approche territoriale et innovante paraît évidente pour comprendre les impacts du changement climatique. Toutefois, le secteur agricole ne peut pas absorber la croissance de main-d’œuvre sur les vingt ou trente prochaines années. L’Afrique connaît un accroissement d’environ 18 millions de jeunes chaque année, alors que la capacité d’absorption des économies africaines est de 3 millions. Pour absorber les 15 millions restants, il faudra diversifier l’économie même dans les zones rurales pour favoriser les opportunités de croissance. C’est une erreur de penser que l’agriculture se fait uniquement dans les zones rurales. Les problèmes de sécurité alimentaire sont fortement liés à la capacité des gens à pouvoir acheter leurs aliments.

Depuis au moins deux décennies, les acteurs ne cessent d’affirmer que les problèmes de la faim sont liés à la faiblesse de la production. Aujourd’hui, la production a augmenté mais la faim persiste. Pourquoi ?

Vous avez raison. Dans le passé, on parlait d’autosuffisance alimentaire tout en estimant que l’augmentation de la production dans les pays aiderait à pallier l’insécurité alimentaire. Nous sommes bien conscients aujourd’hui que le problème important se pose en termes de l’accès aux ressources productives. Il peut se faire en termes de production locale et au niveau des produits importés. L’important, c’est de favoriser les conditions aux ménages afin de les aider à acheter leurs aliments. Cela permettra aux agriculteurs locaux de vendre et d’acheter là où la ressource est disponible. Elle peut même provenir des importations.

Propos recueillis par Maryse ASSOGBADJO

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