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Réformes à l’ère de la Rupture: Le volet social, le parent pauvre ?

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Publié dans Société
vendredi, 06 janvier 2017 04:18

Les perspectives annoncées par le chef de l’Etat, Patrice Talon, laissent perplexes certains responsables syndicaux. Ceux-ci déplorent un manque d’intérêt pour le volet social. A tort ou à raison ?

Le président de la République est très optimiste par rapport à l’issue des réformes et actions engagées dans divers secteurs. Mais la classe ouvrière reste sceptique sur sa vision du développement. Et pour cause ! Les responsables des confédérations syndicales ne veulent pas trop se laisser emporter par le rêve et regrettent la portion congrue réservée au volet social ; un volet qui est, selon eux, « le sous-bassement » de tout développement.
« Nous avons le sentiment que le chef de l’Etat a une trop grande assurance de lui et qu’il pense que l’objectif qu’il s’est fixé, sera atteint. Il y a une sorte d’optimisme démesuré par rapport aux réalités du pays », estime Noël Chadaré, secrétaire général de la Confédération des organisations syndicales indépendantes (Cosi-Bénin). Pour lui, depuis l’avènement du Renouveau démocratique, le Bénin vient de connaitre un président atypique, en ce sens que Patrice Talon s’exprime très peu, contrairement à ses prédécesseurs. Au-delà du profil singulier de l’homme, Noël Chadaré voudrait y trouver du réalisme. « Nous allons prendre date des nouveaux engagements du chef de l’Etat et ferons le bilan en son temps ».

A l’en croire, le pays traversant une crise sans précédent, avec une morosité économique, l’accent devrait être mis sur la résolution des différentes crises sociales afin de rassurer les populations, estime le syndicaliste. « Au regard de l’environnement économique, nous avons des raisons d’être pessimistes face à des situations telle que la dépréciation du naira, la mesure nigériane interdisant l’importation des véhicules par voie terrestre. Ces situations devraient préoccuper le Gouvernement », martèle-t-il. Pour lui, le social est presqu’absent de la nouvelle gouvernance.

« Nous sommes un pays africain où le social doit être une priorité absolue. Nous ne pouvons pas d’emblée évoluer comme les grandes démocraties », tranche-t-il. Le secrétaire général de la Cosi-Bénin pense qu’il y a urgence d’agir. « Le peuple béninois ne peut plus continuer de vivre que de promesses. Nous avons tellement serré la ceinture jusqu’à son dernier trou. Nous avons maintenant envie de la desserrer », avance-t-il. Le syndicaliste salue tout de même les réformes envisagées en faveur du partenariat public-privé. Il estime que ce secteur mal en point a également besoin d’une nouvelle dynamique pour son envol.

En attendant la prospérité partagée

Le secrétaire général de la COSI-Bénin va plus loin dans ses analyses : « La situation actuelle du pays est comparable à deux différentes marmites au feu. La première contenant la viande de mouton est réservée aux dirigeants et la seconde contenant la viande d’éléphant est destinée au peuple. Vous comprenez que la marmite contenant la viande d’éléphant mettra plus de temps à cuir ».  Nous avons l’impression que la prospérité n’est pas partagée, mais confisquée », estime-t-il. Il en conclut que les réelles aspirations du peuple ne sont pas prises en compte.
L’Union nationale des syndicats des travailleurs du Bénin (UNSTB) partage ces appréciations. Son secrétaire général, Emmanuel Zounon, n’est pas allé par quatre chemins pour faire part de ses déceptions. Même s’il dit apprécier certaines réformes annoncées ou en cours mais y trouve des failles. Paraphrasant un évêque latino-américain, il explique « quand on rêve seul, il ne s’agit que d’un rêve. C’est quand on rêve ensemble que cela devient une réalité ». Il pense que les travailleurs n’adhèrent pas encore au rêve du président de la République. Alors que l’article 6 du la Charte du dialogue social stipule que « Pour tout projet, pour toute réforme qui engage la vie des travailleurs, leur représentant doit être intimement associé », il constate que rien ne se passe depuis la signature de cette charte. Emmanuel Zounon dénonce surtout la mise à l’écart des partenaires sociaux dans des dossiers tels que la liquidation de la Société nationale pour la production agricole (Sonapra), la demande d’abrogation de la loi sur le Régime d’assurance à maladie universelle (Ramu), l’affermage des hôpitaux. Il fait aussi remarquer que les politiques restent muettes sur l’amélioration de la situation salariale dans le pays. « Nous ne voulons pas d’une société où les riches seront davantage riches et les pauvres seront davantage pauvres », tonne-t-il.
Toutefois, les deux syndicalistes souhaitent que le président de la République puisse réellement avoir la politique de ses moyens pour ne pas faire rêver longtemps les Béninois?

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