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Marguerite Gnotodéra Daraté: La militante de l’autonomisation des femmes à Natitingou

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Publié dans Société
mercredi, 04 janvier 2017 03:58

Candidate sur la liste des Forces Cauris pour un Bénin émergent (FCBE), Marguerite Gnotodéra Daraté a vu son nom substitué lors de la proclamation des résultats des élections communales. Rétablie par la suite par la Cour suprême, celle qui demeure la seule femme au nombre des 19 conseillers de la commune de Natitingou n’entend pas se détourner de sa voie d’arracher aux hommes la place qui revient à la gent féminine dans l’univers politique.

Presqu’un an que Marguerite Gnotodéra Daraté a été installée comme conseillère communale après des mois à voir une autre occuper sa place au sein du conseil communal de Natitingou. Le recours fait à la Chambre administrative de la Cour suprême a prospéré le 19 novembre 2015 et la désormais seule femme parmi les 19 conseillers participe à la gestion de la cité des Nanto. « Nous contribuons comme nous le pouvons à la prise de décisions relatives à l’amélioration des conditions de vie de nos populations tout en tenant compte des moyens dont dispose la commune », confie-t-elle, au lendemain du vote du budget communal. 

Au Centre de formation des arts de la coiffure qu’elle a ouvert depuis dix ans pour contribuer à l’autonomisation des femmes, la présidente de la Commission de l’Education, des Affaires sociales, de la Santé et de la Promotion du genre n’envisage pas suivre à l’aveuglette la ligne de ses pairs des FCBE ou de toute autre force politique siégeant. « Je me sens libre d’aller où je veux. Avec ce qui s’est passé lors des élections communales, s’il y a une alliance à détester, c’est bien les FCBE. Je ne suis rattachée à aucun regroupement politique et j’assume mes opinions au sein du conseil en toute responsabilité. L’essentiel pour moi, c’est de continuer à travailler avec la base et être en phase avec ses aspirations », défend-elle, l’air ferme tout en gardant le sourire.
Des qualités dont ne sont indifférents ses pairs. Pour Sokou Séro Sagui qui a longtemps milité à ses côtés dans le même mouvement politique, Marguerite Gnotodéra Daraté a toujours su représenter valablement la gent féminine. « Même seule dans un groupe d’hommes, elle n’est nullement intimidée. Quand il faut prendre la parole elle la prend avec sérénité », précise l’actuel président de la commission Economie locale au niveau du conseil communal. Mieux, elle participe à tous les débats de façon active et est loin d’accompagner uniquement les autres, se satisfait Barthélémy N’dah, président de la commission Affaires domaniales et environnementales. Mais seule ombre au tableau, la conseillère jugée bien courtoise pousse parfois loin le bouchon en suspectant des intrigues politiques chaque fois qu’elle considère une décision en défaveur de son groupe.
Unique femme militante des FCBE positionnée deuxième titulaire sur la liste des communales à Natitingou en 2008, l’élue de la mandature de 2015-2020 a tôt découvert en elle cette volonté à s’engager dans la vie associative. Scout à l’école, elle s’est mise au service de ses semblables. Avec plus tard le mérite de se faire porter à la tête du Collectif des artisans de la commune de Natitingou puis toute première femme présidente de la Fédération des artisans du septentrion à travers son métier de coiffeuse. Ainsi s’ouvre pour elle la voie royale à la politique avec son activisme au sein des partis politiques des regrettés Adolphe Biao et Justin Sagui, deux grandes personnalités du département de l’Atacora. Si ces personnalités de la politique béninoise ont décelé en elle des capacités à militer pour leur cause, sa nomination en 2006 comme présidente de la Commission électorale communale et en 2007 comme coordonnatrice de la Commission électorale départementale confirmera tout le bien que l’on pense d’elle.

Encore la cause des femmes

La lutte qu’elle a toujours menée auprès des femmes pour les libérer du joug de la dépendance s’est renforcée avec la formation de ces dernières au métier de la coiffure. La mise en place d’un centre de formation de type dual digne de nom donnera une dimension à son combat. Partie du constat selon lequel les pesanteurs sociales inhibent tout épanouissement de la femme, elle se décide à lui tendre la main en l’initiant à ce qu’elle sait faire le mieux: le métier de coiffure. Avec ses émoluments gagnés des différents processus électoraux supervisés, elle s’investit dans la création du Centre de formation des arts de la coiffure. L’achat de matériel et l’identification d’un site faits, elle arrive à solliciter l’appui de partenaires intervenant dans le renforcement des capacités des formateurs recrutés. « En notre temps nous avons appris sur le tas. Le système dual leur permet aujourd’hui d’associer la théorie à la pratique avec des équipements que nous n’avons pas eu la chance de connaître. Grâce à cette formation, les prestations sont meilleures et elles s’en tirent à bon compte », reconnaît-elle. Et d’ajouter qu’outre la formation, un partenariat avec Planète Urgence, une organisation française permet à ses pensionnaires d’apprendre à lire et à écrire. Ce qui a pour avantage de les aider à mieux gérer leurs activités. Il s’agit à travers ce centre qui a déjà connu quatre promotions au Certificat de qualification professionnelle, « d’aider nos enfants, nos sœurs à mieux vivre de leur métier ». Et les résultats ne sont pas à déplorer. Une soixantaine d’apprentis dont deux hommes ayant reçu leur parchemin se sont installés à leur propre compte. Sans compter celles qu’elle a libérées au terme de leur apprentissage traditionnel au moment où elle disposait de son atelier de coiffure.

Amère désillusion

Mue par la hargne de faire autant et peut-être mieux que les hommes, Marguerite Gnotodéra Daraté connaîtra sa première désillusion avec le scénario cauchemardesque du contentieux électoral qui a agité la commune de Natitingou au lendemain de la proclamation des résultats et peine aujourd’hui à oublier. Même si siéger au sein du conseil constitue une seconde victoire après celle de la confiance de ses électeurs. « La justice a fait son travail et je respire un coup mais à l’idée que ce sont des gens avertis, des intellectuels maîtrisant le Code électoral et les lois en général qui sont les auteurs de ces genres de manipulations, je reste sans voix. C’est ce qui me fait le plus de mal », argue-t-elle.
Jusqu’à la veille du lancement de la campagne, la deuxième titulaire de la liste FCBE était à mille lieues d’imaginer qu’un coup était ourdi contre elle avec la substitution de sa place au profit de sa suppléante. Et la douleur reste vivace dans son esprit. « De cette expérience, j’ai tiré beaucoup de leçons. J’ai appris que la politique est un milieu où il faut être vigilant et ne jamais baisser la garde ni les bras et, pour une femme, il faut bien de la patience. Ce fut aussi l’occasion de se rendre compte que l’homme fait tout pour diviser les femmes. Il nous montre toujours que la place de la femme est au foyer. A nous de nous battre à leurs côtés pour défendre nos intérêts et ceux de nos enfants. On ne se bat pas pour soi et les femmes doivent savoir être solidaires », retient-elle.
Le militantisme ou l’engagement ne suffiront pas à obtenir le respect et la reconnaissance des politiques, se convainc-t-elle. « Nous devons avoir les moyens matériels et financiers pour nous imposer. Il ne s’agira pas d’attendre le bon vouloir d’un chef de parti pour nous faire positionner », avertit-elle. En dehors de quelque lot de consolidation se limitant souvent au poste de secrétariat en charge des affaires sociales et féminines, les hommes politiques ne voient comment valoriser autrement les femmes, selon la conseillère qui entend s’accrocher à ses objectifs pour l’avènement d’un monde plus équitable. Dopée qu’elle est par le soutien permanent de son mari, la quadra mère de deux enfants tient ferme. Quoique l’expérience s’est avérée amère, elle n’est pas prête à tourner les talons à la politique.

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