Du 30 au 31 mars dernier, le Pape François a effectué une visite à Rabat au Maroc, signe de l’ouverture du Royaume dans un pays à 99 % musulman. Entre l'appel de Jérusalem et l'éducation comme rempart à l'extrémisme, cette visite papale s’avère plus que symbolique.

Dans un contexte international marqué par une perte de repères et une montée des extrémismes, la visite du Pape François au Maroc, inédite, s’inscrit dans le prolongement de l’héritage de  la rencontre, il y a 34 ans, entre feu Sa Majesté Hassan II, et Sa Sainteté le Pape Jean Paul II.  C'est sous une pluie battante que le Commandeur des croyants, sa Majesté Mohammed VI et le Saint-Père ont été accueillis par une foule qui attendait sur l'esplanade de la Tour Hassan de Rabat, samedi 30 mars dernier.
Cette visite officielle de deux jours effectuée au Maroc par Sa Sainteté le Pape François se veut une occasion unique de rappeler que le Maroc est une terre de coexistence, de tolérance et de modération, surtout avec la  rencontre entre deux Autorités religieuses et morales que sont sa Majesté Mohammed VI et le Souverain pontife. Occasion également pour le Souverain chérifien, de prononcer, samedi dernier sur l’esplanade de la Mosquée Hassan à Rabat, un discours marquant, à travers lequel il a souligné la profondeur symbolique de cette visite, sa portée historique et l’enjeu civilisationnel qu’elle revêt.

L'éducation comme rempart à l'extrémisme

Cette visite, a rappelé le Souverain chérifien, coïncide avec le mois béni de Rajab, « période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire », car «…sur ordre du Prophète Mohammed, les Musulmans fuyant les persécutions, quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie », met-il en relief.
« La visite de votre Sainteté au Maroc intervient dans un contexte de défis pour la communauté des Nations, la communauté de tous les croyants », indiquera le Roi Mohammed VI, ajoutant qu’« Il nous faut combattre des maux d’un autre âge qui se nourrissent de la trahison et de l’instrumentalisation du message divin en prônant le déni de l’Autre et autres théories scélérates ». Car, « Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine », dit encore le Roi Mohammed VI, selon qui « Au moment où les paradigmes se transforment, partout et sur tout, le dialogue inter-religieux doit aussi faire sa mue ».
Pour Sa Majesté Mohammed VI, « La religion est lumière, savoir, sagesse. Elle est également synonyme de paix, préconisant de substituer des combats plus nobles et sereins, à la course en armement et autres folies ». Occasion pour le souverain marocain, Commandant des croyants partageant avec le Saint Père la conviction d’une spiritualité agissante, au service du bien commun, de dénoncer « Tous les terroristes » qui ont en commun non pas la religion, mais l’ignorance de la religion…
Invitant à faire preuve d’idéalisme et de pragmatisme, le Roi Mohammed VI exhorte les uns et les autres à « être réalistes et exemplaires » face à l’intolérance, à embrasser les valeurs de modération, à réaliser les impératifs de connaissance, tout en saluant les efforts déployés par le Pape au service de la paix mondiale, ainsi que ses appels continus à l’éducation, au dialogue, à la cessation des violences et à la lutte contre la pauvreté, la corruption, le changement climatique, ces maux qui gangrènent les sociétés…
Abondant dans le même sens, le Pape a indiqué « La nécessité d’unir nos efforts, pour donner une nouvelle impulsion à la construction d’un monde plus solidaire, plus engagé dans l’effort honnête, courageux et indispensable d’un dialogue respectueux des richesses et des spécificités de chaque peuple et de chaque personne. « Il a également fait savoir que » C’est là un défi que nous sommes tous appelés à relever, surtout en ce temps où on risque de faire des différences et de la méconnaissance réciproque des motifs de rivalité et de désagrégation », ajoutant qu’ « Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite; la connaissance réciproque comme méthode et critère ».

A pas de charge

Dès son arrivée, le Pape François s'est penché sur la question de Jérusalem avec le roi Mohamed VI. De cet échange est sorti un appel commun concernant le statut de Jérusalem. «Nous pensons important de préserver la ville sainte de Jérusalem/ Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l'humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.» Ledit appel met en relief la nécessité de garantir «la pleine liberté d'accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d'y exercer son propre culte.»
Le Vatican et le royaume du Maroc s'accordent ainsi sur le fait que Jérusalem représente «un lieu de rencontre (...) symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue». A noter qu’au cours de son séjour, Sa Sainteté a été reçue au Palais royal avant de s'adresser aux Marocains, depuis l'Esplanade de la Tour Hassan. Il s'est également rendu dans le mausolée du roi Mohammed V, à l'Institut Mohamed VI de formation des Imams Mourchidines et des Mourchidates, avant de rejoindre le siège de Caritas pour y rencontrer les migrants. Samedi dernier, à l'Institut Mohamed VI de formation des Imams Mourchidines et des Mourchidates, des étudiants ont exprimé leur foi, et note remarquable, l'orchestre philarmonique du Maroc y a fait des chants arabe, hébraïque et catholique: signe du «dialogue des cultures», qui était précisément le thème choisi pour cette visite apostolique.  Dimanche 31 mars dernier, le Pontife s'est d'abord rendu au centre rural des services sociaux de Témara, avant de rencontrer les prêtres et le conseil œcuménique des églises, dans la cathédrale de Rabat, achevant ainsi sa tournée marocaine par une grande messe au sein du complexe sportif Prince Moulay Abdellah qui a réuni plusieurs milliers de fidèles.

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