Le chef d’Etat ivoirien, Alassane Dramane Ouattara, est le président en exercice de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement (Cceg) de l’Uemoa. Au terme de la vingt-et-unième session ordinaire de ladite Conférence, tenue le 12 juillet dernier à Abidjan en Côte d’Ivoire, il s’est entretenu avec les hommes des médias sur la position des pays de l’Uemoa sur la mise en œuvre de la monnaie unique de la Cedeao, la Zone de libre-échange continentale.

La Nation : Monsieur le président, la mise en œuvre de l’Eco, la monnaie unique de la Cedeao, est annoncée pour le 1er juillet 2020. Est-ce à dire qu’on tend vers la disparition de l’Uemoa ?

Alassane Dramane Ouattara :
Comme vous le savez, le 29 juin dernier, nous avons décidé à l’unanimité, lors du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la Cedeao à Abuja, que la monnaie unique s’appellera « Eco ». C’est dans ce cadre que nous travaillons. Evidemment, une monnaie commune demande des critères de convergence. Les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) travaillent également dans ce sens. Nous souhaitons que tout soit fait pour qu’en 2020, nous soyons en mesure de respecter ces critères. A partir de là, nous verrons avec les autres pays, notamment les pays non membres de l’Uemoa, comment nous devons continuer d’évoluer pour que la monnaie commune de l’ensemble des quinze pays de la Cedeao soit effective dans les prochains mois ou les prochaines années.

Où en sont les pays de l’Uemoa par rapport aux critères de convergence ?

Vous savez qu’au niveau de la Cedeao, nous avons des critères de convergence de premier plan qui concernent le déficit budgétaire, le financement de la Banque centrale, la dette publique. En fait, il y a quatre critères de premier plan et deux de second plan. Les plus importants pour le moment, ce sont les critères de premier plan. Et la plupart des pays de l’Uemoa, la quasi-totalité, remplissent ces critères aujourd’hui mais pas totalement. Nous sommes aux alentours de 4 % en matière de déficit du Produit intérieur brut (Pib), déficit budgétaire sur le Pib. Pour la Côte d’Ivoire, c’est le cas. Mais notre objectif, c’est d’être à 3 % en 2019. Nous pensons que les autres pays sont en train de faire des efforts équivalents pour qu’en 2020, nous puissions respecter ces critères afin de nous donner la perspective d’aller vers la monnaie unique dans les plus brefs délais.

En l’état actuel des choses, est-ce que l’Eco sera indexé à l’Euro comme le franc Cfa ?

Si l’Eco devrait venir à adoption en 2020, il n’y aura pas de changement de parité avec l’Euro. Aujourd’hui, le taux de change de l’Euro par rapport au franc Cfa est de 655,9. Si les chefs d’Etat décidaient l’année prochaine de changer le franc Cfa en Eco parce que nous aurions respecté tous les critères de convergence, ce taux ne changerait pas dans l’immédiat. Bien évidemment, il n’y a pas que les pays de l’Uemoa ; nous souhaitons qu’à l’occasion de la mise en œuvre de l’Eco, que d’autres puissent s’adjoindre à nous et que nous allions à dix, douze pourquoi pas les 15 pays de la Communauté au bout de ce processus. Je pense qu’il prendra plusieurs années, comme nous avons vu avec l’Union européenne qui a commencé avec onze pays et cela leur a pris une dizaine d’années avant d’arriver à vingt-sept pays. Ce sera avec un taux de change flexible éventuellement si c’était le vœu de ceux qui seront en place, de faire en sorte que la fixité par rapport à l’Euro puisse évoluer. Mais nous considérons que le taux de change fixe du franc Cfa vis-à-vis de l’Euro, a bien servi nos économies, la maîtrise de l’inflation. Cela nous permet d’avoir les taux de croissance les plus élevés du continent, d’améliorer la gouvernance dans tous les secteurs et surtout les conditions de vie de nos populations. Voyez-vous, moi je suis un économiste, un banquier. Il n’y a rien de pire pour les populations que l’inflation. Je suis très fier de dire que la Côte d’Ivoire, depuis sept ans, n’a jamais dépassé un taux d’inflation de 2 % par an. Ce qui est quelque chose d’exceptionnel et il faut que cela soit maintenu.

La phase opérationnelle de la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale en Afrique (Zlecaf) a démarré à l’issue de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine, le 7 juillet dernier à Niamey. Que faire pour qu’au sein des pays de l’Uemoa, le commerce intra-africain se passe avec moins d’entraves ?

En fait, la Zone de libre-échange continentale n’est pas une chose facile. Cela a pris 40 voire 50 ans pour avoir le traité lui-même. Comme vous le savez, le traité a été signé par tous les Etats membres de l’Union africaine mais n’a été ratifié que par la moitié des pays. Donc pour sa mise en œuvre, évidemment, il faut que les Etats s’impliquent. J’ai indiqué au sommet, que la Côte d’Ivoire est un modèle en la matière parce que le taux moyen de commerce intra-africain est de 7 % ; mais la Côte d’Ivoire a quasiment 23 % à cause de notre commerce avec le Nigeria, le Mali, le Burkina Faso et d’autres pays voisins. Nous avons installé sur le sol ivoirien de nombreuses entreprises non ivoiriennes. Je prends le cas de Mtn d’Afrique du Sud ou de banques nigérianes installées en Côte d’Ivoire. Mon souhait serait que les compagnies ivoiriennes puissent s’installer également dans ces pays, que nous puissions importer sans entraves dans notre pays d’autant plus que nous avons des entrepreneurs de qualité qui ont maintenant démontré leurs capacités à faire du commerce avec les pays voisins. Ils peuvent aller beaucoup plus loin, au-delà de la sous-région.

Propos recueillis pour La Nation par Claude Urbain PLAGBETO

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