Le taux d’inclusion financière est passé de 2 % en 2014 à 38 % à fin 2017, avec le développement de la finance digitale. Malgré ce bond quantitatif remarquable, les opportunités qu’offrent les services financiers numériques pour le bien-être des populations restent peu exploitées.

Le Bénin connaît un bouleversement notoire dans son système financier avec le développement accéléré de la finance digitale. Quatre Béninois sur dix utilisent aujourd’hui les services financiers numériques qui étaient pratiquement inconnus du public, il y a cinq ans. Le taux d’inclusion financière s’est élevé à 38 % à fin 2017 (35 % en zone rurale) alors qu’il n’était que de 2 % en 2014, selon les chiffres de Global Findex, Gsma 2017.
L’état du marché béninois des services financiers digitaux, réalisé par la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), au titre de la même année, indique que près de 2 millions de comptes clients sont actifs sur 6,5 millions enregistrés. Au total, 8,8 millions de transactions se font pour 156,5 milliards F Cfa par mois, soit plus de 5 milliards F Cfa d’opération par jour au Bénin. Avec 11,9 % comme part de comptes clients, le Bénin est le cinquième pays dans l’espace Uemoa.
Ce bond quantitatif est fait en dépit du fort taux d’analphabétisme de la population et ce grâce, entre autres, à l’Agence d’investissement de l’Onu, l’Uncdf, qui a lancé en 2015 le programme Mobile money for the poor (Mm4p) pour soutenir les banques, les opérateurs et les organismes de réglementation des réseaux mobiles, afin d’atteindre les millions de clients exclus du système bancaire ordinaire. En partenariat avec MasterCard Foundation, le programme collabore avec l’ensemble de l’écosystème des services financiers numériques (Sfn) pour renforcer les capacités techniques des parties prenantes et améliorer le marché par le développement de la banque à distance et des services financiers ainsi que les divers canaux pour y accéder.
L’objectif au départ était d’amener 12 % de la population à utiliser de façon active les services financiers numériques à l’horizon 2019 ; mais le boom observé a amené à réviser chaque année cet objectif, informe Bery Kandji, spécialiste en communication et gestion de connaissances à l’Uncdf.
Avec un fort taux de pénétration des téléphones mobiles (78 %), le numérique s’est révélé un véritable outil pour accéder aux services financiers et ainsi stimuler le développement économique.
Cependant, les populations vulnérables ignorent encore les nombreuses opportunités qu’offre le porte-monnaie électronique en termes de santé, d’éducation, d’accès à l’énergie, d’agriculture ; la plupart se contentant des opérations de dépôt et de retrait sur leurs comptes Mobile money. « Dans la sous-région, le Bénin est le seul pays où l’on n’est pas en mesure de payer les factures d’électricité et d’eau via le mobile», relève, à titre d’exemple, Jamelino Akogbéto, expert en finance digitale à l’Uncdf. Or, la finance digitale sous-entend les paiements mobiles par banque, les paiements marchands, les paiements sur Internet, les distributeurs automatiques, les transferts électroniques de fonds, souligne-t-il. Il importe que des services financiers innovants via le mobile s’élargissent pour faciliter la tâche aux populations. Pour ce faire, un groupe de travail sur la finance numérique est mis en place par l’Uncdf et propose des solutions pour le développement de l’écosystème numérique.

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