Dans une économie béninoise essentiellement fiscale, la mobilisation des ressources par l’Etat pèse sur quelques-uns, bons ou mauvais payeurs de taxes et impôts. En cause, le secteur informel qui reste prépondérant. Il revient à l’Etat de trouver les voies et moyens pour formaliser l’économie afin d'inverser la tendance.

Le Bénin a présenté en 2017, un taux de croissance du Produit intérieur brut (Pib) réel, estimé à 5,5 %, selon le rapport sur les Perspectives économiques en Afrique (Pea) 2018. Les projections pour 2018 et 2019 sont aussi prometteuses avec des taux respectifs de 6,1 % et 6,5 %. Malgré la performance de ces indicateurs, le pays reste confronté aux problèmes de gouvernance économique et financière, aux difficultés du secteur privé. Sa place de 151e sur 190 pays dans le rapport Doing Business 2017 est indicatrice des efforts à accomplir pour améliorer le climat des affaires. Un domaine fortement dominé par le secteur informel avec des activités qui échappent largement aux taxes et aux impôts. 

Le secteur informel représente autant de menaces qu’il offre des opportunités pour la mobilisation des ressources publiques. Les spécialistes recommandent de façon persistante de construire un nouveau modèle de développement. Noukpo Agossou, professeur titulaire en géographie et spécialiste de l’aménagement et développement économique, affirme que le secteur informel présente beaucoup d’atouts. Il estime qu’il revient aux gouvernants, qu'ils soient du gouvernement central ou des collectivités locales, de dénicher les opportunités qu’offre le secteur informel pour en faire des leviers de développement.
Emmanuel Sèdégan, docteur en économie, et géo-stratège, affirme lui aussi que le secteur informel constitue « une menace opportune et une opportunité menaçante ». Il explique que le secteur informel menace le secteur formel qui paie des taxes. Si rien n’est fait, affirme-t-il, le secteur formel risque de disparaître, les recettes fiscales de l’État avec. Il pense que l’État est dans ces droits d’organiser ce secteur pour qu’il reste visible, raisonnable et patriote, en payant des taxes.

Handicap pour l’Etat

Selon les experts, le secteur informel occupe un espace dominant dans les activités économiques au Bénin. Il ne permet pas à l’État de mobiliser les recettes fiscales. Selon des chiffres de la Banque africaine de développement (Bad) qui datent de 2015, le secteur informel représente environ 55 % du Produit intérieur brut (Pib) de l’Afrique subsaharienne.
Noukpo Agossou précise que ce secteur intègre presque tous les secteurs de la vie (sociale, économique, culturelle, religieuse, etc.). Pour lui, « Rien en réalité n’échappe au secteur informel». Il précise que c’est la conséquence de l’incapacité du secteur formel à absorber la main-d’œuvre existant sur le marché du travail. Il estime qu’il serait très difficile de dire que le secteur constitue une menace ou une opportunité, bien qu’il échappe à la fiscalité et aux taxes. Selon lui, le secteur informel est sur les deux fronts. Citant le cas de la vente des produits pétroliers dans l’informel, il fait remarquer que cette activité vient combler un vide laissé par le secteur formel, incapable de couvrir l’ensemble du territoire. «On peut parcourir dans certaines régions du pays 50 kilomètres et plus sans trouver de station-service fonctionnelle », indique-t-il.
À partir de cette situation, justifie Noukpo Agossou, le recours au secteur informel pour s’approvisionner en carburant devient une nécessité. Il indique que non seulement ce secteur concurrence avantageusement le secteur formel mais il comble aussi des déficits et d’autres besoins. « C’est le secteur informel qui s’occupe du recyclage des ferrailles et la plus grande partie de la collecte des ordures ménagères est assurée par des informels », ajoute-t-il.
Noukpo Agossou soutient qu’il n’est pas possible de se passer de ce secteur qui, dit-il, est présent dans tous les pays. Pour le prouver, il cite un rapport du Bureau international du travail (Bit) et affirme que dans la ville de Cotonou, c’est 90 % des activités qui sont concernées par le secteur informel. Emmanuel Sèdégan ajoute que 97 % de l’emploi est également concerné dans la même ville. Ils soutiennent tous deux que l’informel présente des opportunités de mobilisation des ressources.

Formaliser progressivement

Emmanuel Sèdégan signale que c’est l’instinct de survie qui pousse des citoyens à entrer dans ce secteur. Il soutient que cela constitue une situation réduction de l’effectif des chômeurs et de ses conséquences comme la débauche, l’insécurité, etc. Ce géo-stratège estime que c’est un secteur qui offre des opportunités.
Les experts reconnaissent que le secteur informel représente des manques à gagner pour l’État, notamment du point de vue fiscal. Ils signalent que le secteur est une soupape de sécurité. Ce qui devrait être pris en compte, indique Noukpo Agossou. « Que feraient tous ces individus, qui sont beaucoup plus nombreux que ce qui est officiellement indiqué ? », s’interroge-t-il.
Emmanuel Sèdégan affirme que le secteur informel représente « une menace opportune ». Il suggère que l’État organise les acteurs de ce secteur, à partir d’un seuil de chiffre d’affaires, à se formaliser progressivement. Il reconnaît que l’État a déjà commencé par dégraisser les taxes depuis quelques années. Malgré cela, il suggère l’institution de la consommation obligatoire de certains produits manufacturés par les industries locales. Pour réussir cela, il conseille de garantir la compétitivité de ces entreprises. Mieux, le géo-stratège demande à l’État d’encourager la formation de coopératives qui seront des partenaires de l’État dans la réalisation d’activités prévues aux Programmes d’investissement public (Pip).
Emmanuel Sèdégan soutient qu’il est possible de faire contribuer le secteur informel au financement des actions publiques. Pour lui, c’est plus facile à l’État de responsabiliser les communes en fixant des quotas pour collecter des impôts et taxes locaux comme c’est le cas pour les régies. « À la base, c’est plus facile que les communes puissent identifier qui fait quoi et de fixer leur contribution et les choses vont se régulariser», indique-t-il. Il estime que cela est possible à condition que les acteurs soient responsabilisés et sensibilisés à voir l’État grand.
Noukpo Agossou ajoute qu’il faut également sensibiliser et montrer l’usage qui sera fait des ressources collectées. Il va plus loin en suggérant de donner des responsabilités de collecte aux arrondissements. Pour lui, il faut commencer par rationnaliser les taxes sur les places publiques perçues dans les marchés, les étendre et les généraliser à tous les secteurs et sous-secteurs de la vie économique et faire suffisamment preuve de transparence?

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