Le directeur du secrétariat du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, Bernard Bossard, estime que le grand défi aujourd’hui pour faire de la coopération transfrontalière décentralisée, est que les élus locaux des deux côtés des frontières soient capables de monter des structures juridiques qui soient à même de gérer ensemble de l’argent. En marge du séminaire sur le développement transfrontalier organisé à Cotonou, les 3 et 4 juillet derniers, il a déclaré que les villes sont les trames de l’intégration régionale.

La Nation : A l’ouverture du séminaire sur le développement transfrontalier au Sahel, mardi dernier, vous avez évoqué la question de la décentralisation financière. De quoi retourne ce concept ?

Laurent Bossard : En fait, j’ai parlé de ça dans la perspective de l’intégration régionale. Je pense que l’intégration régionale concrète doit être offerte par les élus locaux, et que tant qu’on n’aura pas mis les élus locaux frontaliers et transfrontaliers au cœur des processus d’intégration régionale on n'y parviendra pas. A cet égard, il faut que la décentralisation financière soit absolument accélérée, augmentée et que cette démarche soit considérée comme un levier de l’intégration régionale. Vu qu’il ne faut plus parler d’un côté de la décentralisation et de l’autre côté de l’intégration régionale, il faut mettre ça dans le même panier. C’est la même problématique.

En quoi la question du financement est-elle un frein pour la décentralisation et la coopération transfrontalière ?

Pour moi, la problématique ce n’est pas tellement le fait qu’il n’y ait pas d’argent, mais c’est d’abord qu’il n’y a pas de structure qui permet de gérer de l’argent. Le grand défi aujourd’hui pour faire de la coopération transfrontalière décentralisée, c’est qu’il faut que les élus locaux des deux côtés des frontières soient capables de monter des structures juridiques qui soient à même de gérer ensemble de l’argent. Ça, c’est compliqué, mais c’est possible et il faut y travailler et apporter des solutions.
A votre avis, quel rôle peuvent jouer les villes dans le processus de l’intégration régionale ?

Comme vous savez quand on fait des tapis, il y a une trame. Eh bien, les villes sont les trames de l’intégration régionale. Il y a de plus en plus de villes, elles sont de plus en plus peuplées ; la population augmente ; le filet, le réseau se densifie et l’intégration régionale devient totalement inéluctable. Et les villes, ce sont les nœuds de ce réseau parce qu’elles sont les nœuds, elles sont au centre des processus et donc les maires doivent être au centre du processus d’intégration régionale.

Dans les années à venir, quelles sont les actions d’urgence pour accélérer cette intégration régionale ?

Dans l’avenir, l’intégration régionale deviendra, comme je l’ai dit, de plus en plus inéluctable. Il y a 40 millions de personnes en Afrique de l’Ouest qui vivent à moins de 50 kilomètres des frontières, donc dans 25 ou 30 ans, il y en aura 80, voire 100 millions. Il va falloir s’occuper de ces gens-là. Leur réalité, elle est transfrontalière, donc ils vont faire pression ; leurs élus locaux vont faire pression, il faut trouver des outils juridiques et financiers qui sont capables d’accompagner ce que ces gens vont faire de toute façon. Et les gens vont faire l’intégration, ils sont en train de le faire et ils vont le faire de plus en plus parce qu’ils vont être de plus en plus nombreux près des frontières.

Et quel est le rôle que jouera le Club Sahel dans cette intégration ?

Mon rôle, c’est de vous parler, de vous expliquer, de relayer des messages, de documenter ces réalités et de financer afin d’accompagner la formulation d’outils juridiques, financiers que les collectivités locales pourront utiliser pour faire l’intégration régionale?

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