Le rapport semestriel Africa’s Pulse publié, ce mercredi 11 octobre, par la Banque mondiale annonce la reprise de la croissance économique au Nigeria. Une bonne nouvelle pour le Bénin qui a soufflé le chaud et le froid avec la récession économique du géant de l’Est.

L’économie nigériane est désormais sortie de cinq mois de récession économique. Le rapport semestriel Africa’s Pulse de la Banque mondiale lui projette une croissance économique de 1,5% en 2017. Une bonne nouvelle pour l’économie béninoise dont l’effet contagion de la récession nigériane aura été sans précédent. « Au deuxième trimestre de l’année, les deux principales locomotives du continent, l’Afrique du Sud et le Nigeria, ont renoué avec la croissance après respectivement deux et cinq mois de performances négatives, entraînant dans leur sillage la croissance régionale », fait observer Albert Zeufack, économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique, lors d’une conférence de presse. La relance de la croissance nigériane a aussi propulsé la croissance de l’économie subsaharienne qui devrait afficher un taux de 2,4% en 2017 contre 1,3% en 2016. Ce relèvement, selon les auteurs du rapport, découle d’une amélioration de la conjoncture internationale, favorisée par la hausse des cours des produits issus des industries extractives et du retour des flux de capitaux sur le continent. A part l’Afrique du Sud et le Nigeria, le rapport relève que certaines économies africaines font preuve de résilience parce que moins tributaires des matières premières. Dans ces pays comme l’Ethiopie, le Rwanda et le Sénégal, la croissance est restée stable, toujours soutenue par les investissements dans les infrastructures et une meilleure productivité agricole.
Mais le rapport met en garde contre la mollesse persistante de cette embellie, encore insuffisante pour accroître le revenu par habitant en 2017. D’autant que, selon Albert Zeufack, les flux massifs d’investissements sont pour la plupart orientés vers les industries extractives qui disposent d’un faible potentiel de création d’emplois. Le spectre de la rechute plane donc sur certaines économies, notamment celles du Nigeria et de la zone Cemac (Communauté économique monétaire d’Afrique centrale), contraintes de s’ajuster à la faiblesse des cours du pétrole qui diminuent leurs recettes et augmentent leurs dettes. Le taux d’endettement de ces Etats s’est accru de plus de 14 points entre 2014 et 2017, un élément d’inquiétude pour les auteurs du rapport.

L’Uemoa plus résiliente

« La plupart des pays africains n’ont pas de marge de manœuvre suffisante pour faire face à la volatilité de la conjoncture et doivent s’efforcer d’élargir un espace budgétaire, souvent restreint, grâce à des politiques de finances publiques judicieuses. Ils doivent également mettre en place des mesures structurelles pour résister aux chocs, stimuler la productivité, renforcer les investissements et favoriser la diversification de l’économie », suggère l’économiste en chef de la Banque mondiale. Il soutient que la clé d’une croissance résiliente se trouve dans l’investissement massif dans des secteurs qui créent de la valeur ajoutée et dans l’utilisation des technologies pour produire des biens nouveaux.
Le rapport indique que l’Afrique subsaharienne devrait bénéficier d’une reprise modérée de l’activité économique, avec une projection de croissance estimée à 3,2 % en 2018 et 3,5% en 2019. Si la croissance dans la zone Cemac restera largement tributaire de la stabilisation des cours des matières premières, Africa’s Pulse affirme que l’essor économique des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) devrait en revanche s’accélérer, porté par de solides investissements publics.
« Les perspectives de la région restent néanmoins difficiles, la croissance n’ayant pas renoué avec le rythme moyen d’avant la crise. En outre, ces performances modérées ne pourront entraîner qu’une hausse modeste du revenu par habitant, qui a cédé du terrain en 2016-2017, et sera nettement insuffisante pour promouvoir une prospérité généralisée et accélérer la réduction de la pauvreté », tempère Punam Chuhan-Pole, économiste principale à la Banque mondiale qui a dirigé le rapport?
Investir dans la qualité de l’éducation

« Investir dans les compétences pour diversifier et renforcer les économies africaines » est le thème retenu par le dernier rapport Africa’s Pulse rendu public hier. A travers cette problématique, la Banque mondiale a voulu mettre le doigt sur la piètre qualité de l’investissement dans l’éducation dans de nombreux pays africains. Selon Albert Zeufack, économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique, environ 15% du budget sont consacrés à l’éducation dans les pays africains. Pourtant, le continent traverse une crise de l’éducation qui impose de questionner la qualité de l’investissement dans ce secteur. « Il y a une perte d’efficience des investissements, en particulier dans les pays dont l’économie fait preuve d’une moins grande résilience. Cela est particulièrement vrai dans le développement des compétences, où les pays doivent comprendre pourquoi ils continuent d’avoir la main-d’œuvre la moins qualifiée au monde alors qu’ils investissent considérablement dans ce secteur », estime Albert Zeufack.
Les dépenses d’éducation ont été multipliées par sept au cours des trente dernières années, avec sans doute des progrès dans la scolarisation des enfants. Mais le rapport note de sérieuses difficultés. Pratiquement un enfant africain sur trois ne va pas au terme de sa scolarité primaire, dans la plupart des pays, moins de 50% des élèves achèvent le premier cycle secondaire, et moins de 10% accèdent à l’enseignement supérieur. « Malgré le volume des dépenses publiques d’éducation, des millions d’enfants africains n’acquièrent toujours pas les compétences de base pour pouvoir participer activement au marché du travail, signe que le problème des investissements est avant tout d’ordre qualitatif », souligne Punam Chuhan-Pole, économiste principale à la Banque mondiale. Le rapport plaide pour des investissements dans les compétences fondamentales de l’ensemble de la population qui, en renforçant simultanément la productivité, l’inclusion et les capacités d’adaptation, constituent une stratégie gagnante?

G. A.

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