Le peuple de Djougou a communié dans l’union, samedi 10 janvier dernier, à travers la fête de la Gaani. Intenses moments de célébration d’une tradition séculaire…

Sortie du roi. Un évènement unique dont ne se privent souvent pas les populations de la ville de Djougou. Et surtout pendant la fête de la Gaani. Samedi 10 janvier, la vague déferlante des chevaux majestueusement montés par des princes et autres notables de la cour royale a tôt fait de donner le top d’une célébration des retrouvailles entre les diverses communautés de cette ville cosmopolite du septentrion. Apparats de circonstance, boubous traditionnels des plus riches aux plus richement brodés, montures aux couleurs écarlates, les cavaliers n’ont pas fait dans la dentelle pour rehausser l’éclat de cette célébration démarrée la veille avec la très émouvante cérémonie de flagellation des Peulhs. Il y a aussi eu l’élection de la Miss Gaani, les gardiens de la riche tradition étant toujours réticents quant à la pertinence d’un tel concours de beauté.
Sur la place de la Gaani bondée de milliers de personnes, l’attente des populations et autres curieux était bien grande le jour des festivités. Aussi bien l’arrivée des personnalités politiques de la région que les prouesses des danseurs de tipenti et autres groupes folkloriques n’auront autant retenu l’attention des spectateurs que l’entrée de sa majesté Kpétoni Koda VI sur cette place rénovée à l’approche de ce rendez-vous cultuel et culturel. Vêtu d’un boubou blanc brodé, le visage emmitouflé dans un turban de même couleur que sa toge et les yeux cerclés de verres fumés, la barbe grisonnante, le roi fait son apparition sous la conduite des membres de sa cour, un géant parasol servant d’ombrage porté par un homme fier de sa mission.
Tout autour de lui, des notables et princes suivant la cadence de ses pas faite d’assurance, de grâce et de prestance. Tout un symbole que magnifient les tambours de la cour royale. Le roi, à pas comptés, y va de son rythme et les batteurs impriment la cadence à leurs tambours et tam-tams. C’est l’euphorie et l’allégeance à la fois au sein du public. De la mesure qui éclipse toute la ferveur notée quelques minutes plus tôt sur la place avec la clameur et les bruits assourdissants des groupes folkloriques. Il aura fallu compter des minutes pour voir sa majesté s’installer sous l’égide de son protocole et du président du Comité d’organisation, le ministre Alassane Soumanou. Remis de son parcours initiatique quelques heures plus tôt sur les divers sites solennels du royaume, il est assis aux côtés de la reine-mère et du chef de terre, le Baparapé.

Chantal Yayi décorée

Statutairement, les manifestations peuvent ainsi démarrer, sous le regard bienveillant de la Première dame, Chantal Yayi, marraine de l’évènement. C’est le président du Comité d’organisation qui lancera les manifestations officielles de cette fête, en faisant l’apologie de la riche tradition de la terre de Djougou. La Gaani, à son avis, est une fête de retrouvailles entre les fils et filles de cette ville carrefour et frontalière qui n’a rien perdu de sa tradition séculaire malgré l’Islam et les divers flux migratoires connus par son peuple. «Notre peuple est fier de sa culture…. Notre manière de vivre ensemble, de nous conduire, de nous habiller. Le peuple de Djougou est celui qui a connu la culture du cheval et la fête de la Gaani est le jour où les musulmans et les animistes se mettent ensemble pour communier», relève-t-il, tout en mettant un point d’honneur à la présence de la Première dame aux manifestations. Il a saisi l’occasion pour appeler à la réhabilitation du palais de Kilir qui reste un pan essentiel du patrimoine du royaume de Djougou.
La Gaani selon le maire de la ville, Mikaïla Bassabi Djarra, est un moment de libre expression totale de la culture de Djougou.
Suivront les prestations de divers groupes folkloriques pour agrémenter la célébration. Rythmes tipenti, tèkè, askey et autres ont rehaussé la fête qui connaîtra, par ailleurs, la cérémonie d’allégeance faite par les trois dynasties dirigeantes du trône de Djougou à sa majesté Kpétoni Koda VI. Successivement princes et notables ont sacrifié à cette tradition en s’allongeant au sol après quelques pas faits en direction de la tribune officielle. Un moment solennel que les chasseurs du royaume immortaliseront avec des coups détonants de fusils.
Sous la décision du roi, Chantal Yayi a été faite ‘’Kpégnan’’, c’est-à-dire reine-mère de la cour royale de Djougou. Distinction à titre exceptionnel faite au nom du roi par la seule reine-mère d’alors, cette décoration pour la récipiendaire, est une marque d’estime portée par tout un peuple à sa personne. Aussi s’est-elle engagée à continuer les œuvres et à défendre les valeurs qui l’ont élevée à ce grade de la cour royale.

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