Demain samedi 10 janvier, les adeptes du culte vodoun du Bénin comme à leurs habitudes, célèbreront la fête des religions endogènes. Seulement, rien ne présage encore de l’unité tant souhaitée. Ainsi, comme à l’accoutumée, c’est en rangs dispersés que adeptes et dignitaires de cultes vont vivre cette fête qui se veut pourtant un grand moment de prières et d’adorations.

Depuis que les dieux de la division se sont invités au milieu de la communauté vodoun, l’unité a déserté le forum. Cette religion que l’on dit éprise de paix et source de quiétude, n’a de cesse de s’illustrer à travers des clans et groupes antagonistes. La célébration de la journée du 10 janvier, considérée comme un grand moment de réjouissances et de célébration des nombreux dieux du panthéon vodoun n’a pas suffi à attiser la flamme de la paix. Bien au contraire ! Au fil des années, le mal s’est enraciné et la gangrène a eu le temps de prendre de l’ampleur. Chaque 10 janvier, et ce sera encore le cas demain, les dignitaires d’abord et les adeptes ensuite, vont en rangs dispersés et chacun à sa manière, créer leur ambiance autour de la fête.
Dans la commune de Ouidah par exemple, le bicéphalisme est flagrant et rien, ni personne, n’a réussi à ce jour à le conjurer. Officiellement, deux grandes célébrations y sont organisées. La première se tient sur la place du non-retour autour de Daagbo Hounon Tomadjrèhoukpon Towamènou II et la seconde délocalisée à un autre endroit de la même ville, fait également office de fête du vodoun. Ce qui est déplorable ici, c’est que le Conseil communal de la ville et bien souvent les membres du gouvernement, des cadres et natifs de la localité, prêtent main forte à cette option séparatiste. Mais Ouidah n’est pas la seule terre fertile de la division. La communauté vodoun en général n’a pas réussi à fédérer ses forces autour de sa fête qui reste pourtant pour de nombreux touristes, un grand moment d’attractions. Pour preuve, en dehors du lieu retenu pour les manifestations officielles, certaines villes comme Abomey-Calavi, Porto-Novo, Grand-Popo, Abomey, Adjarra éclopent l’éclat des manifestations officielles à travers l’organisation de micro-manifestations.

La caution tacite des acteurs politiques

«La division a ses racines au niveau de la politique. C’est vrai que dans toutes les localités du Bénin, il y a des dignitaires vodoun et des responsables religieux. Mais s’ils ne tenaient qu’à eux, tout le monde se retrouverait en un même lieu pour fêter. Mais les leaders politiques de chaque localité, les élus à mandat politique et autres cadres tiennent à ce qu’on organise la fête dans chaque localité. Donc les politiciens nous entourent et n’ont pour objectif que de nous diviser. Observez un peu les religions étrangères et vous verrez que leurs pèlerinages ne se passent pas dans la division comme c’est le cas avec nous». C’est avec beaucoup de déception que Daagbo Hounon Tomadjrèhoukpon Towamènou II s’est confessé, il y a quelques semaines à l’occasion d’un entretien qu’il a accordé sur l’état des lieux de la religion vodoun au Bénin. Selon ses propos, ce culte se porterait mieux s’il n’y avait pas une forte pression politique exercée sur certains de ses dignitaires.
Malheureusement, ceux-ci se laissent prendre à l’hameçon de ces acteurs qui ne ratent la moindre occasion pour soigner leur image et faire croître leur cote de popularité. Pendant ce temps, les cultes endogènes eux reçoivent de grands coups de division qui les fragilisent. Inutile de préciser que l’argent est utilisé à cet effet comme une arme de destruction massive. Daagbo Hounon Tomadjrèhoukpon Towamènou II ne le nie d’ailleurs pas. «Le pouvoir de l’argent sévit et n’importe qui se fait appeler dignitaire ou chef traditionnel. Un fonctionnaire à la retraite en manque de préoccupation par exemple, pour subvenir à ses besoins et contourner la misère, peut décider de devenir dignitaire, ainsi de suite. Ce sont ces personnes-là, qui s’illustrent souvent dans la prostitution, parcourent les bureaux et les ministères et se font passer pour des dignitaires du culte vodoun», dénonce-t-il.

Les religions révélées, l’autre opium du vodoun !

«Nos religions traditionnelles sont aujourd’hui malmenées et bousculées par de nouvelles religions dites révélées qui travaillent à sa disparition. Pourtant, lorsque le christianisme doit s’installer chez nous, il a fallu que nos ancêtres leur fassent de la place et optent pour la cohabitation. Aujourd’hui, ces religions sont devenues si nombreuses et si nous devons nous inscrire dans la même logique qu’elles, nous allons éprouver la paix. Or, il se fait que la paix est un principe très cher aux religions endogènes et à leurs dignitaires. Tous ceux qui s’emploient à travailler contre le vodoun ne doivent pas perdre de vue ce qu’il représente. Ils doivent aussi se rappeler qu’il est la toute première des religions chez nous». Ces propos émanent de sa majesté Daagbo Hounon Tomadjrèhoukpon Towamènou II, grand dignitaire de la communauté vodoun à Ouidah. C’est d’ailleurs lui qui préside l’une des cérémonies de la fête du vodoun organisée chaque année le 10 janvier dans cette ville. Depuis bientôt neuf ans qu’il occupe cette fonction, ce dignitaire ne rate la moindre occasion pour déplorer la guerre froide que les nouvelles religions livrent à la sienne. Comme lui, de nombreux dignitaires voient le mal venir et tirent déjà la sonnette d’alarme pour que leur héritage ne soit pas galvaudé. «Le vodoun n’est ni le diable, encore moins une force de mal ou Lucifer», se défendent-ils bien souvent.
Selon les dignitaires vodoun, chaque culte a sa spécificité. «Pendant que d’autres utilisent le vin, le pain, l’eau, la bougie, le parfum, l’encens et autres, nous autres optons pour l’huile rouge, les libations, les sacrifices d’animaux…», soutient Hounnon Mitohouendo pour illustrer l’égalité entre les cultes. Pour lui, «la guerre des religions ne doit pas avoir lieu». Par ailleurs, bien que les adeptes de vodoun aient aussi la possibilité de faire des chants et animations pour vilipender les religions révélées, elles ne s’aventurent pas sur cette piste se rejouit-il, en estimant que cette pratique «est préjudiciable à la cohésion nationale». De quoi donner raison à sa majesté Daagbo Hounon Tomadjrèhoukpon Towamènou II qui soutient que les siens et lui sont des apôtres de paix et le demeureront.

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