Le Bénin s’affaire pour le retour sans délai de ses biens culturels, suite aux conclusions du rapport Sarr-Savoy et aux diligences manifestées par l’Elysée à restituer quelques pièces au pays.

Sans perdre de temps, le Bénin prend des dispositions confortatives dans la perspective du retour de pièces historiques que la France s’engage à restituer au pays avant des discussions sur le reste. La suite dans les idées, les autorités béninoises, conséquemment, instituent un comité chargé de la coopération muséale et patrimoniale entre la France et le Bénin. La mission de cet organe est de trouver les points d’ancrage d’un partenariat opérationnel, en vue de la restitution de toutes les œuvres culturelles du patrimoine béninois en France. Preuve que le président Patrice Talon, premier chef d’Etat africain à avoir formulé une demande de restitution de ces biens déportés pendant la colonisation, tient bien le compas pour l’atteinte de ses objectifs.
La réalisation d’un inventaire exhaustif des œuvres et des biens culturels concernés, figure également au cahier des charges de ce comité dirigé par l’ancien directeur général adjoint de l’Unesco, Ismaël Tidjani-Serpos, et constitué d’experts, de cadres, de dignitaires et d’autorités culturels et religieux béninois. Ce qui dénote du sérieux de la démarche des autorités béninoises, qui répond à la dynamique de faire du tourisme un levier de développement. Les projets en cours de construction de musées aux normes et standards internationaux, s’inscrivent aussi dans cette dynamique. Quel que soit le temps que prendra l’édification de ces musées, il ne viendrait pas à une mère, pas plus qu’à un Etat, d’attendre de construire le gîte le plus sécurisé avant de recueillir sa progéniture longtemps perdue de vue !
Se félicitant du rapport Savoy-Sarr, le Garde des sceaux béninois fait valoir que le retour des biens culturels nécessite également des mesures législatives, jugées indispensables, pour dissuader contre les velléités de vol et de trafic des œuvres. «Ce qui se passe est de haute portée historique. C’est la preuve que la chose est possible», jubile Sévérin Quenum. In fine, il s’agit de créer non seulement les conditions de réception mais aussi le cadre législatif approprié pour la protection de ces biens qui étofferont l’offre touristique béninoise. Le projet de développement d’un tourisme mémoriel dans le pays porte en effet cette forte résolution des autorités béninoises, avec le président Patrice Talon à l’avant-garde du combat, pour le rapatriement de ces œuvres culturelles.

Tenace, Talon !

Lorsque le Bénin a officiellement porté devant la France une requête visant à la restitution de ces biens se trouvant dans plusieurs musées et collections français, il avait essuyé à l’époque une fin de non-recevoir de la part du ministre français des Affaires étrangères.
Jean-Marc Ayrault alléguait de ce que ces biens sont soumis aux principes d’inaliénabilité, d’imprescriptibilité et d’insaisissabilité. Mal engagé, ce combat ?
Certains avaient émis des doutes, ici et là, faisant montre d’un certain scepticisme à l’idée que la France puisse accéder à la requête béninoise de restituer ces trésors culturels, objet d’attraction, il est vrai, dans des musées de l’Hexagone. Le Bénin avait alors trouvé un allié objectif à travers le Conseil représentatif des associations noires (Cran) de France qui avait vivement indiqué à l’Etat français de ne pas rester insensible à la requête formulée par les autorités béninoises en se réfugiant derrière le seul argument juridique.
Ce soutien actif du Cran ne vient qu’en ajouter aux dispositions naturelles du chef de l’Etat béninois, connu pour sa ténacité. Encore qu’à l’agenda de l’action gouvernementale, le locataire du palais de la Marina a inscrit un ambitieux programme de promotion touristique. Mieux, il mise sur ces trésors culturels pour le développement d’une industrie touristique muséale. Il fut par conséquent imperturbable et ne céda ni au scepticisme ni au découragement, fidèle à sa nature conquérante. Coup d’essai, coup de maître donc pour le N°1 béninois. En dépit de la législation française interdisant toute restitution, à moins de voter une loi pour déclasser une œuvre des collections nationales. Avec méthode et grâce à la dialectique adoptée, les autorités béninoises ont eu gain de cause. « Nous avons une maturité qui ne nous autorise pas à aller dans une démarche conflictuelle. Le président de la République a fait l’option d’une approche consensuelle », s’enorgueillit Aurélien Agbénonci, chef de la diplomatie béninoise, qui avance que le vaste programme touristique que porte l’Exécutif béninois est le cément de cette démarche, outre la légitimité toute naturelle de disposer de ces œuvres au Bénin d’où elles proviennent. La volonté de faire revenir au bercail les biens culturels du patrimoine national, est donc restée inébranlable chez le gouvernement béninois.
 En visite à l’Elysée le 5 mars 2018, le chef de l’Etat avait donc insisté à ce propos auprès de son hôte avec qui il a convenu des possibilités de rapatriement. Patrice Talon, invité d’honneur de la Conférence internationale des biens culturels et du patrimoine en partage au siège de l’Unesco, à Paris, le 1er juin 2018, avait réaffirmé sa volonté de voir ces biens culturels gardés en France rapatriés au Bénin, soulignant l’intérêt économique qu’ils représentent pour le pays dans une perspective de développement du secteur touristique jamais porté auparavant.

Renaissance

“Ces biens uniques et exceptionnels, dont l’histoire a du mal à être contée avec aisance dans leurs lieux actuels de rétention, n’attendent que d’être retournés dans leurs environnements naturels en vue de leur renaissance”, a-t-il résolu. Patrice Talon marque cependant une ouverture, affirmant que « la coopération et le partenariat restent le moyen le plus efficace » pour la renaissance et le rayonnement durable de ces œuvres au profit de tous.
Une vision qui intègre parfaitement la philosophie qui a guidé les deux experts nommés par
Emmanuel Macron. Selon Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, « La jeunesse d’Afrique, comme la jeunesse de France ou d’Europe, a droit au patrimoine». Leur rapport éponyme, ‘’Vers une nouvelle éthique relationnelle’’, se veut aussi évocateur que provocateur par l’intitulé de l’introduction. Il n’y a plus d’impossible, tranchent les deux experts qui règlent également des détails sémantiques, notamment le sens et la portée de la notion de « restitution », ce qu’implique le geste de restitution... Au-delà de toute amphétamine discursive, Sarr et Savoy préconisent une modification du code du patrimoine français afin de permettre la restitution définitive des milliers de biens culturels pillés en Afrique, confortant largement les prétentions béninoises. Une éclatante victoire diplomatique pour Talon dont le ‘’culot’’ s’est avéré payant.

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