Le Tofâ, science divinatoire qui prédit l’avenir d’un peuple à l'orée d'une nouvelle année, est sujet à polémique depuis quelques éditions. Instauré par le roi Dossou Agadja depuis 1715 et perpétué par un collège de prêtres du fâ, le Tofâ fait l’objet d’interprétations diverses de nos jours. Hounnon Tchètoula Dodo et Amoussa Raïmi donnent ici leurs points de vue sur cette science.

Les supputations enflent à chaque édition du Tofâ, depuis quelques années. Il apparaît nécessaire que des clarifications soient apportées pour situer les uns et les autres. Les supputations sur cette science divinatoire n'ont pas manqué après publication des oracles le 1er décembre dernier. Hounnon Tchètoula Dodo, président du Conseil national des cultes endogènes du Bénin, section du Littoral, et membre du comité de Tofâ informe sur les différents signes émis et leurs descriptions. « Le signe principal sorti de ce Tofâ est ‘’woli-wofoun’’. Le signe qui est issu du cauris est ‘’Lètè-troukpin’’. Enfin, le signe qui est sorti de la graine de caesalpinia (Adjikouin) est ‘’Losso-troukpin’’ », affirme ce prêtre du fâ. Au regard de la configuration que présentent ces trois signes, il fait savoir que cela signifie que l’avenir est favorable pour le pays. Il décrit ensuite chaque signe avec des paraboles et adages dont seuls les initiés connaissent le secret et le sens pratique. Par le signe principal woli-wofoun, explique-t-il, il faut comprendre qu'un bâtiment ne peut s'écrouler tant que la charpente est toujours solide. « Lorsque nous croisons cette description avec le Bénin, cela veut dire que le pays ne va pas sombrer », conclut-il. Il poursuit que le signe fait également allusion à un oiseau blanc scintillant et beau qui a acquis ces propriétés en grandissant, puisqu'à la naissance il n'est pas agréable à toucher. Rapportant cela au Bénin, il traduit cette description par une mauvaise condition de vie des hommes dès le départ, mais qui va progressivement changer avec le temps.

Points d’achoppement

Selon le développement de Hounnon Tchètoula Dodo, le signe woli-wofoun n'a pas été que favorable, mais les bonnes nouvelles l’emportent sur les mauvaises. Etant donné que la prospérité est annoncée pour le Bénin en 2019, certains estiment que les révélations du Tofâ de 2018 font l’apologie du régime en place. Ce que va démentir Hounnon Tchètoula Dodo qui clarifie que lorsqu'on parle du Tofâ, c'est la nation qui est concernée et non un individu. Pour lui, les résultats du fâ ne doivent pas être séparés de la nation en question puisque, explique-t-il, cela concerne les dirigeants de la nation et non une famille ou un clan. La description des signes est en réalité le point sur lequel les prêtres de cette science n’accordent pas souvent leurs violons. C’est ainsi que lors de l’avant-dernière édition de consultation de l'oracle, le comité a failli voler en éclats avec le départ de certains prêtres du fâ qui ont boudé la description des différents signes. Amoussa Raïmi, qui faisait partie des mécontents, avait désapprouvé la description des différents signes qui ne refléteraient pas la réalité puisque beaucoup de situations anormales étaient révélées. Ce que va réfuter Hounnon Tchètoula Dodo qui atteste de la crédibilité du Tofâ qui est porté par l’ensemble des prêtres du fâ. « Nous sommes tous dans le creuset Conaceb et le Tofâ a connu, cette année, la présence de grands dignitaires de ce conseil », affirme-t-il. Il faut reconnaître que, c’est au vu et au su d’un public composé de dignitaires du culte traditionnel, des passionnés de cette science divinatoire ayant effectué massivement le déplacement du Ciné le Bénin, que l’édition du Tofâ de cette année a été faite, contrairement aux années antérieures où ce sont les prêtres seulement qui se regroupaient pour le faire. «Ce n'est donc plus l'affaire du comité du Tofâ seulement, mais une affaire de tous », confie Hounnon Tchètoula Dodo. Il clarifie qu’il n'y a pas de tripatouillage pour donner une quelconque orientation à la description comme certaines langues tentent de le faire croire au sein de l’opinion.

Promotion d’un autre creuset

Aujourd’hui, Amoussa Raïmi est membre d’un autre creuset de prédiction de l’avenir dénommé xwé-fâ qui se réunit demain 15 décembre. Selon ses explications, le xwé-fâ se réalise sur la base des noix sacrées à la fois du roi Dossou Agadja et de l’actuel roi vivant du royaume d’Abomey. Pour lui, seul le xwé-fâ représente la consultation pour une nation sur une année donnée, et il est renouvelé chaque année contrairement au Tofâ qui, selon lui, serait le secret d’une région. Voilà une thèse qui vient remettre en cause le caractère national du Tofâ à cause de cette dissension née l’année dernière. Les mécontents ont décidé ainsi de faire la promotion d’un autre creuset au détriment du Tofâ instauré en 1715 et repris par un collège de prêtres du fâ depuis 2006. Hounnon Tchètoula Dodo pense que ce n'est pas à cause des suspicions, de ces prises de position que le Tofâ sera abandonné alors que c'est une source intarissable de richesses. Pour discréditer le Tofâ, certaines personnes estiment qu'on ne peut être en 2018 et consulter le fâ de 2019. Mais Hounnon Tchètoula Dodo pense le contraire. Il étaye sa position par deux exemples dont celui de quelqu'un qui aspire à voyager pour l'étranger. Ce dernier doit s'interroger sur son futur à l'étranger avant de prendre le départ, pour que des dispositions soient prises à partir du Bénin afin que son aventure soit couronnée de succès. Le second exemple concerne une femme enceinte dont on vérifie la naissance du bébé qu'elle porte avant que ce dernier ne vienne au monde. « L'enfant n'est pas encore né, mais la consultation est faite pour voir ce que la vie lui réserve. Le fâ précède toujours l'événement pour lequel l'on veut consulter », conclut-il.

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