La capitale du royaume des Boo et Baatombou, Nikki, a débordé de monde le week-end dernier. Sous l’égide de l’empereur Sabi Nayina III, elle a vécu et vibré au rythme et aux couleurs de la Gaani 2017.

A l’occasion de la Gaani 2017, les 2 et 3 décembre derniers à Nikki, l’heure était une nouvelle fois aux grandes retrouvailles entre les fils et filles de l’aire culturelle Boo et Baatombou autour du Sinaboko Sabi Nayina III. C’est depuis août 2015 que ce dernier a été porté au trône, pour présider aux destinées de l’empire du Baru Tem.
Il sonnait 12 h 45, lorsqu’ habillé en tenue des grands jours et porté par son cheval également bien paré, il quitta son palais pour le parcours rituel, le quatrième auquel il sacrifie en trois années de règne. C’est après avoir effectué sa majestueuse sortie dans la cour du palais impérial, sous les ovations du public. Il avait à sa suite un cortège composé d’une cavalerie impressionnante, une équipe des griots Ganku et Barobu qui faisaient ses louanges en jouant de gros tam-tams et tambourins d’aisselle non sacrés. Le chef des Kiriku ou des récades à la cour, Baa Agban, chargé de la sécurité et du protocole, le premier ministre, Sina Dounwirou, les trompettistes, ainsi qu’une foule de curieux étaient également de la partie.
Le parcours rituel long d’une dizaine de kilomètres est marqué par neuf étapes dont la première station est Lemannou ou Demannou, la maison de Magazi, où il rend visite à l’imam et son adjoint Naïmi. Il se rend ensuite sur le "gros tas d'ordures " où Yankou Bakararou pour faire des prières selon un rituel particulier. Par le passé, c’était de cet endroit que les guerriers partaient sur les champs de bataille. Dakirou, l'emplacement des tombes de Baké Doué et de son frère Séro Bétété qui, ayant appris la défaite de l'armée de Nikki devant celle des Peuls, auraient disparu en cet endroit, ainsi que Bantiarou, le lieu où gisent les puissants princes comme Farou Yérouma, n’ont pas été occultés. L’empereur et sa suite étaient également au palais royal de Danri, le quartier de la dynastie Dafiarouou Lafiarou où se trouvent les tombes des rois de Kpé Lafia Gambarou Souanrou, de Kpé Soumaïla Séro, de Séro Sooro alias Sounon Lafia et de Sabi Nayina, pour les mêmes rituels. Il retourne à son palais impérial. C’est pour, sans aucun cérémonial particulier, se présenter devant les tambours sacrés. Avec son cortège, il reprend la route pour la septième station où se trouve la tombe du roi Kpé Gounou, avant de se présenter à nouveau devant les tambours sacrés installés dans la cour impériale. Il peut enfin rejoindre son palais où il descend de son cheval pour regagner la case ronde. C’est pour y retrouver sa sœur, la Gnonkogui qui l’attendait. Entouré de ses ministres et des dignitaires, il a suivi le déroulement des festivités. Tour à tour, les différentes délégations constituées des membres du gouvernement et des têtes couronnées ou chefs traditionnels se sont succédé pour lui présenter les vœux de nouvel an et lui offrir des présents.Il y avait les rois de Bouay, de Kika et de Sandiro et de bien d’autres royaumes.
C’est le ministre Saka Lafia qui a conduit la délégation gouvernementale. Le président de la Haac, Adam Boni Tessi, son homologue du Ces, Augustin Tabé Gbian, ainsi qu’une forte délégation des parlementaires ont rehaussé de leur présence l’évènement.

Autres rituels

La Gaani s’est poursuivie, ce dimanche 3 décembre, avec la cérémonie de la Kayéssi. Cette journée a été réservée au rasage, à l’authentification et au baptême des princes et princesses par la reine mère, Gnonkogui et à la cérémonie d'allégeance au Sinaboko. Place a ensuite été faite à la danse des groupes folkloriques pour mettre un terme aux festivités. A partir de cet instant, Sandiro, Bouay, Kika, Kandi, Gogounou, Banikoara, Kouandé, kérou, Péhunco, Tobré et Bagou, les autres royaumes de l’aire Boo et Baatombou sont désormais autorisés à organiser leur Gaani.
La Gaani retrace les origines et les péripéties des peuples Boo et Batombou. Aux côtés des princes Wassangari d’ici et d’ailleurs, les fils et filles de cette aire culturelle ont donc eu l’occasion de se rappeler la fuite et la résistance de leurs ancêtres, face aux envahisseurs musulmans.Comme les années antérieures, elle a encore attiré des milliers de personnes venues de toutes les régions du pays, du Nigeria, du Mali, du Niger et même du monde entier.
Outre le volet cultuel, l’évènement a été marqué par l’organisation d’une foire artisanale et commerciale, par diverses animations artistiques et culturelles. Il y avait aussi un tournoi de football?
Tout un symbolisme autour des tambours sacrés

Le démarrage effectif de la célébration a eu lieu, déjà la veille, vendredi 1er décembre, avec la sortie des tambours sacrés et des trompettes de leur emplacement secret, pour rejoindre la cour impériale. Il s’agit des Barabakaru, tambours grands ou mâles et des Barapiibu, tambours petites ou femelles qui font partie des attributs importants de la cour. Ils symbolisent la puissance et la légalité du Sinaboko. Les deux gros tambours sont soutenus pendant les cérémonies par trois pieux en fourche. Ils n’apparaissent que lors des grands événements dont ils annoncent le début et la fin. Une petite lampe traditionnelle dont la mèche est trempée dans du beurre de karité est allumée pour veiller sur eux toute la nuit.
Selon le premier ministre, le Sina Dounwirou, seul est considéré comme le roi ou l’empereur de Nikki, celui qui a leur garde. « Dans l’aire Boo et Baatombou, c’est à Nikki seul que ces tambours sont détenus », poursuit-il. Ces tambours, fait-il observer, sont dotés d’un pouvoir mystique. Aussi, prévient-il, quiconque ne peut se présenter devant eux, au risque d’en récolter des malédictions. Ce privilège n’est réservé qu’aux membres relevant de la lignée impériale. Si ce n’est pas au cours de la Gaani, leur résonance est annonciatrice d’un malheur qui vient de frapper l’empire. Joués par des initiés, les Tufarukpè et accompagnés des trompettes, c’est à leur son qu’a eu lieu la veillée, toute la nuit du vendredi dernier.
L’histoire rapporte que les tambours sacrés sont un don du beau-frère du roi Zimé Doboudia, fils du roi Sounon Séro, à l’occasion de la naissance du fils de son beau-frère qui vivait au Nigeria. C'est ce dernier qui les a offerts en retour au roi qui les a bénis et en a fait depuis ce temps, des tambours sacrés de la cour royale. Ils seraient venus de Boussa au Nigeria.

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