Camille Adébah Amouro a publié aux éditions des Diasporas, l’ouvrage intitulé « Rita de Parakou et autres plaisanteries (Salamè )», Tome premier. Contenant 184 pages, il est divisé en quatre riches parties intéressantes.

A travers les quatre parties de l’ouvrage que sont ‘’Rita de Parakou’’, ‘’Brenda Oward’’, ‘’Gogo La Renverse’’ et ‘’Goli’’, Camille Amouro a montré sa finesse en littérature, son style aisé à comprendre et certainement difficile à écrire. Les diverses parties de l’ouvrage « Rita de Parakou et autres plaisanteries (Salamè ) », Tome premier, sont digestes, simples et plaisantes.
L’histoire de Rita de Parakou est passionnante. Rita de Parakou va avoir quarante ans et elle n’a pas d’enfant. Elle attend maintenant un homme qui ne viendra peut-être jamais. Elle est seule. La solitude ne lui pose aucun problème. Elle ne veut pas susciter la pitié des amies, la honte des parents, la risée de toute la ville. Elle veut un enfant. Mais les garçons qui la trouvaient belle et douce se méfient maintenant. Voilà ce qui fait courir cette femme entre l’intimité sobre de son appartement et les rumeurs grouillantes de son quartier. Cette pièce se veut avant tout un moment de partage et de plaisir. L’histoire réelle de Rita n’apparaît pas. Il s’agit d’une synthèse de conditions diverses assez communes. Elle raconte ses aventures avec les hommes, dans la course à la corruption. Elle finira par avoir un enfant dans des circonstances qu’elle ne souhaite pas. Mais elle décide d’assumer.
La spécificité de Rita de Parakou est que la séance (du salamè) est subdivisée en trois situations. Une première onirique, est introvertie. La deuxième situation est, quant à elle, narrative. Tandis que la troisième situation est enfin réelle, directe, en corps à corps avec le public. Il y a cependant une difficulté qu’il convient de relever. C’est que l’actrice est enceinte et présente sa grossesse. En règle normale du salamè, cela n’est pas possible si elle ne l’est pas déjà dans les deux situations précédentes.

Dans le projet de « Brenda Oward », l’histoire est aussi intéressante. Pour respecter la consigne d’un salon du tourisme, Elie, le jeune français sans privilège majeur, se rend en Afrique pour la première fois. Il découvre le Bénin, un des rares pays calmes des années 2000, et se demande comment cela pourrait bien être dans l’Afrique en troubles. Il découvre notamment l’univers du vodoun, les rites mortuaires, l’universelle âpreté de la vie et le sens de l’humilité. Motolari (conducteur de zémidjan à Cotonou) et Elie sont des prétextes à deux histoires parallèles qui résument les drames du monde contemporain. Brenda Oward est une jeune réfugiée libérienne.

En ce qui concerne « Gogo La Renverse », c’est un salamè en quatre moments. C’était le 22 avril 1992 où il a rencontré à un colloque, au Nigeria, une journaliste française de grande renommée, une de ces demoiselles aux aisselles enivrantes. Il lui a adressé un regard. Elle lui a adressé aussi un regard. Puis elle l’a invité en France pour la suite des débats. Il lui a réservé la surprise en se rendant en France. Pendant qu’il battait des pieds, mais sérieusement, pour retrouver sa journaliste de renommée, à l’intérieur d’un Paris bruyant en quête de sa propre souche, elle avait déjà pris le premier vol pour l’attendre chez lui. Elle accepta sa proposition. Ils étaient dix nationaux et un Blanc, ces experts gouvernementaux. Gogo La Renverse s’était même rapprochée de ce dernier. Elle était revenue leur dire qu’il avait le Sida et qu’il ne l’intéressait pas. Les garçons du quartier en disent beaucoup de mal, mais elle les séduit tous. Et quand l’un d’eux approche, c’est qu’il espère aller au fond de l’histoire. Gogo La Renverse les voit venir. Ils n’ont jamais le courage de lui dire : « voilà, tu me fais frémir, j’ai envie de coucher avec toi ». Et elle leur dit : « Si je me couche, est-ce que tu pourras monter ? » Ils répondent tout simplement par pourquoi pas ?, croyant que Gogo La Renverse a honte. Mais elle leur dit : « Tu es trop petit, mon garçon, je vais te l’écraser ». Seul Gargantua, un célibataire, a pu pénétrer jusqu’au bout. C’était une après-midi de dimanche. Il bondit et le poids de la marchandise créa un pincement au cœur de Gogo La Renverse. Une douleur. Gogo La Renverse cria et demanda pardon. Jusqu’au coït interrompu. Gargantua se figea, la bouche ouverte et son corps succomba à quelques saccades, comme électrocuté. La voix ordinairement belle et suave de Gogo La Renverse fut cassée.

« Goli », c’est un théâtre en trois moments. Déborah, une étudiante en médecine dit ouvertement à son ami Larwin, jeune diplômé de retour de son Goli natal, qu’elle ne peut pas épouser un fou. Il insiste naïvement qu’il l’épousera et ils vivront heureux. Il fait remarquer que dans le monde où les hommes ne sont pas fous, il y a une morale qui domine toutes les autres morales. Il aime tellement entendre la voix de Déborah qu’il boit goulument comme un Sibérien s’exposant aux rayons solaires. Il promet avoir un enfant avec Déborah. L’histoire est belle mais vers la fin, la foule se rue sur le député et Olulu, les recouvre de haillons, les lapide et va s’asseoir. La scène présente maintenant deux épouvantails géants autour desquels s’effacent les acteurs perdus comme au lendemain d’un désastre. Il faut vraiment lire l’ouvrage pour comprendre ce qui se passe vraiment. Le lecteur n’est pas fatigué en lisant l’ouvrage, tellement il est bien écrit. C’est un excellent ouvrage.
Dans son avant-propos, l’auteur Camille Adébah Amouro rappelle que la présente publication est l’initiative du professeur Mahougnon Kakpo à qui il rend hommage. Ce dernier l’a bousculé afin qu’il rassemble un certain nombre de ses textes, en particulier ceux qui ont été mis en scène ou en espace, dans une même série de volumes. Camille Adébah Amouro indique qu’il n’écrit pas pour exister comme écrivain. Il écrit avec le secret dessein d’agir. Telle est sa fonction?

Le salamè

Pour Camille Amouro, le salamè est un discours éphémère qui se tient dans les circonstances qui appellent, avec des réactions attendues sur le champ. Il se vit l’instant où il se met en séance. C’est une invitation au dialogue et au partage, une prière collective à la beauté, une invite à l’action directe. Il s’ensuit que les textes édités constituent des reliques d’une action révolue, d’un bonheur déjà vécu, déjà volé. C’est pour cela que l’auteur éprouve moins de gêne à dire oui lorsque la proposition vient d’un pays ou d’un continent spécialisé dans la collecte de ce genre de vestiges.
La parution ne répond à aucune logique de sélection : chronologie, thème, genre…Le lecteur avisé découvrira que l’auteur n’écrit que le même rêve, de la même manière, mais simplement sur des champs d’action différents. Le discours de salamè, ce n’est pas du salamè. Il s’agit d’observations diverses sur les pratiques de séances dans le champ populaire béninois. Le salamè est l’une de ces pratiques. L’essai, qui ne se veut pas universitaire, mais simplement informatif, décrit comment certaines de ces pratiques fonctionnent, comment elles rassemblent le peuple parce qu’elles lui ressemblent. Parce qu’elles sortent de ses entrailles, de sa conception de la vie. L’espoir de l’auteur est que la théorie sur le salamè ne formalise pas le salamè, qu’elle ne devienne pas un créneau où l’on veuille coûte que coûte voir du salamè dans tout ce qui provient du terroir.
Le récit est composé de fragments, de situations, avec des personnages en abyme. Rita de Parakou est un salamè en une séance. La séance est une cérémonie, une rencontre entre personnes qui feignent de jouer des personnages typiques avec une distance qui leur permet, selon le genre, de s’incarner eux-mêmes. La séance revêt des caractères spécifiques selon l’aire sociale ou les circonstances où elle se déploie, faisant intervenir ou non, les pleureuses, de la musique, un orateur qui commente les dons à la famille éplorée, des commentaires du public sur le sens de la vie…Le salamè demeure la séance la plus populaire au Sud du Bénin. Plus léger, il s’adapte à toutes les situations, à tous les contextes, en tournant l’actualité en dérision?

Qui est Camille Adébah Amouro ?

Né le 26 juin 1963 à Boukoumbé, Camille Adébah Amouro, un surdoué de la littérature béninoise, a été formé en communication et en management de l’action culturelle. Ses créations artistiques, ses chroniques et ses autres publications visent essentiellement la valorisation des cultures du Golfe du Bénin où il vit et travaille. Depuis 1990, il s’est investi dans la formulation du Salamè, divertissement très populaire au Sud du Bénin, et y consacre des textes, des conférences, des ateliers de formation, des essais théoriques?

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