De 0 %, le Bénin est passé à la production de 25 % de ses besoins en énergie électrique en trois ans, avec la construction de la centrale thermique 127 MW de Maria-Gléta 2 inaugurée la semaine dernière. Une dynamique qui traduit l’ambition du gouvernement d’assurer l’autosuffisance énergétique et de garantir l’électricité dans les ménages et les entreprises.

« Assurer une totale indépendance énergétique à notre pays », tel est le souci du gouvernement réaffirmé à maintes occasions par le président Patrice Talon. Conscient que l’énergie est un intrant majeur pour le développement économique, il travaille à « la garantir et la réinventer constamment» au profit des ménages, des entreprises, des hôpitaux, des espaces publics. Ainsi, de 0 %, le Bénin est passé à la production de 25 % de ses besoins en énergie électrique en trois ans, se félicite Dona Jean-Claude
Houssou, ministre de l’Energie. La production nationale est désormais supérieure à l’importation de l’énergie provenant du Nigeria et du Ghana à travers le réseau de la Communauté électrique du Bénin (Ceb) plus orientée vers le transport. Et à l’horizon 2021, assure le ministre, tout confiant, le pays pourrait passer du statut d’importateur d’électricité pour assurer son autonomie et même exporter l’électricité. Bien sûr, si le cap est maintenu avec le soutien des investisseurs tels que la Banque ouest-africaine de développement  (Boad), la Banque d'investissement et de développement de la Cedeao (Bidc), la Banque islamique de développement (Bid).
Avec le plan de redressement énergétique mis en œuvre depuis 2016, le délestage des jours durant est devenu quelque peu un lointain souvenir, quoique des coupures répétées du courant interviennent encore dans certaines agglomérations comme Godomey, Hlacomey dans la commune d’Abomey-Calavi. Ces coupures seraient dues, selon le directeur général de la Société béninoise d’énergie électrique (Sbee), Laurent K. Tossou, d’une part à la vétusté des boîtes de jonctions sur câbles souterrains, aux avaries réalisées sur ces câbles par les sociétés de construction de route dans le cadre du projet Asphaltage des routes, et d’autre part à la rupture des supports des réseaux lors des accidents de circulation.
Les centres de production et de dispatching de l’énergie électriques ont été réhabilités à
Porto-Novo, Parakou, Natitingou, en lieu et place de ce que le ministre appelle les « musées de ferrailles », allusion faite aux centrales électriques autrefois abandonnées.
Si à Maria-Gléta, la première centrale qui a coûté l’importante somme de 45 milliards F Cfa est encore en ruine et livrée aux intempéries, en attendant son démantèlement ou sa rénovation, une nouvelle de dernière génération a vu le jour pour améliorer l’accès à l’électricité en quantité et en qualité. Inaugurée le 29 août dernier, cette centrale bicombustible (Gaz-Fioul lourd) d’une durée de vie de 50 ans et d’une puissance de 127 MW et qui satisfait 50 % de la demande en énergie électrique du Bénin, constitue un investissement inédit dans ce secteur vital pour l’économie. Et le gouvernement qui consacre près de 10 % de son programme d’action (Pag 2016-2021), soit environ 800 milliards F Cfa, à ce secteur n’entend pas s’arrêter en si bon chemin, à en croire le ministre Dona Jean-Claude Houssou. « Il y a une planification pour que les 100 % des besoins en énergie du pays (240 MW en période de pointe) soient couverts à l’horizon 2021 », indique-t-il. En fait, la nouvelle centrale thermique est la première d’une série d’infrastructures prévues pour porter à 400 MW la puissance totale de production énergétique du Bénin d’ici à 2021. Il est envisagé dans les prochains mois, entre autres, la construction d’une nouvelle centrale thermique de 120 MW, toujours sur le site de Maria-Gléta 2 avec un domaine complémentaire de 3,5 ha et d’une autre de 25 MW avec la société Genesis Energy.

Solaire et biogaz

Le Bénin a décidé d’avoir un mix énergétique responsable, durable et compétitif, alliant le thermique et les énergies renouvelables, selon le ministre Jean-Claude Houssou. Ainsi, la production d’énergie solaire devrait atteindre 100 MW à l’horizon 2021 ; des  choix « justes» opérés pour non seulement rendre le sous-secteur électrique attractif pour les investisseurs mais aussi et surtout pour « faire de l’énergie, le sang qui coule dans les veines des Béninois », précise-t-il.
Un document de politique des énergies renouvelables incluant l’utilisation de l’énergie solaire est en cours de finalisation. Il y est prévu le développement des sources renouvelables, notamment le solaire voltaïque, avec l’implantation de centrales solaires photovoltaïques grâce au programme Millennium Challenge Account (Mca II) à savoir 5 MW à Natitingou (fonctionnant avec biomasse) ;10 MW à
Djougou; 15 MW à Parakou et 15 MW à Bohicon. Le projet Defissol permettra d’installer une centrale de 25 MW à Pobè et d’offrir un appui à la modernisation du système informatique de la Sbee. Des projets de mini-centrales solaires hors réseau de capacité totale de 22,96 MWc sont également en cours.
Par ailleurs, le développement du biogaz, à travers la méthanisation, est aussi privilégié dans la politique d’électrification des localités. Il est annoncé l’installation d’une centrale de gazéification de la biomasse totalisant 4 MW grâce à l’appui du Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud). Déjà, avec l’appui de la Snv, plus de 100 bio-digesteurs (modèle Faso Bio-15 de volume 4 m3) sont en cours de mise en place pour appuyer l’électrification rurale et permettre la cuisson propre dans les ménages ruraux, notamment ceux d’agro-éleveurs, indique Francis Tchékpo, directeur de l’Agence béninoise d’électricité rurale et de maîtrise d’énergie (Aberme). Au moins dix centres de santé et collèges d’enseignement général, une demi-douzaine de stations de pompage d’eau, vingt chauffe-eau sont alimentés par système solaire photovoltaïque dans des localités rurales enclavées. L’Agence envisage de mettre en œuvre un projet  d’électrification de 100 localités rurales sur financement de la Bidc. Cent autres localités sont visées sur un autre financement annoncé par la Banque africaine de développement (Bad) dont l’accord de prêt devrait être signé au cours de ce mois de septembre.
Aussi, un projet d’électrification solaire de 550 infrastructures socio-communautaires sera-t-il bientôt mis en œuvre en plus de l’électrification hors réseau prévue dans le Pag. A cela s’ajoutent d’autres projets tels que la réalisation d’interconnexions avec les réseaux des pays voisins (Nigeria, Togo), le développement de barrages multifonctions à Dogo-Bis (128 MW) sur le fleuve Ouémé, à Bétérou (20 MW), à Vossa (60 MW).
Il reste à renforcer l’Autorité de régulation de l’électricité (Are) et surtout à créer des conditions attractives aux investisseurs privés du secteur, à travers une simplification des procédures de passation des conventions et diverses incitations de nature fiscale, afin d’assurer l’autosuffisance en énergie électrique tant souhaitée et qui est en passe de devenir une réalité. A cet effet, un projet de loi devrait incessamment atterrir sur la table des députés en vue de son adoption par l’Assemblée nationale.

Quid du marché régional ?

Un marché régional de l'électricité de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) est lancé en juin 2018 à Cotonou. Marquant la volonté des dirigeants de résoudre de manière globale la pénurie d'énergie électrique dans la sous-région, il devrait permettre au Bénin de partager avec les pays impliqués un système électrique plus robuste et de profiter d’une capacité d’échange d’énergie plus grande avec les réseaux des pays de la Cedeao, mais également d’une assistance mutuelle entre les partenaires du réseau interconnecté des Echanges d’énergie électrique ouest-africains (Eeeao / Wapp).
Avec ce marché, selon la direction générale de l’Energie, le Bénin deviendra un point stratégique et névralgique du système puisqu’il abrite le centre régional de dispatching du Wapp sis à Abomey-Calavi. C’est donc une opportunité pour le Bénin de se mettre à l’abri du risque de black-out ou de délestage, la pénurie d’énergie devant être amoindrie. Aussi, le Bénin pourra-t-il élargir le marché pour sa propre production et engranger des devises grâce à la vente d’énergie électrique aux autres pays, si les actes et les investissements nécessaires suivent effectivement les nobles intentions affichées.

C. U. P.

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