N’ayez pas peur. A l’époque contemporaine, il s’agit-là d’une phrase devenue célèbre du pape Jean-Paul II, dite lors de la messe de son intronisation en 1978. Mais, ‘’n’ayez pas peur’’ remonte bien loin que cette année-là, car c’est une injonction biblique dont on relève trois cent soixante-cinq occurrences dans les Écritures. Jésus-Christ en a fait usage un certain nombre de fois, notamment dans l'épisode de la Marche sur les eaux…Le sens et la portée de cette profession de foi, sont au cœur de la réalité politique béninoise actuelle, avec les tentatives de dissémination de la peur dans les esprits, alors qu’il s’agit d’une bisbille entre politiciens coutumiers du genre, adeptes de la facilité confrontés, cette fois-ci, à l’observance stricte de la loi, et rien d’autre.

Ne dit-on pas qu’avec la foi on soulève les montagnes ? Seuls les hommes de peu de foi n’envisagent pas une telle perspective. « Aujourd’hui, si souvent l’homme ignore ce qu’il porte au-dedans de lui, dans les profondeurs de son esprit et de son cœur. Si souvent il est incertain du sens de sa vie sur cette terre. Il est envahi par le doute qui se transforme en désespoir », disait en l’occurrence Jean-Paul II le 22 octobre1978.
Que l’on soit croyant ou manant, chrétien ou non, il est utile de s’approprier ce propos du feu prélat, au regard du développement que connait l’actualité politique nationale. Entre pessimisme et alarmisme, seule la foi sauve ! La foi en ce que le débat contradictoire est l’essence même de la démocratie libérale. Autrement dit, on ne peut être d’accord sur tout au sein d’une démocratie. Désaccord ne saurait donc impliquer qu’il y a péril…On en fait le constat et on évolue dans un esprit républicain et surtout démocratique qui veut que tout le monde s’incline devant la loi dès lors qu’elle est votée.
Que l’opposition béninoise n’ait pu se mettre en position de pouvoir prendre part aux prochaines législatives relève du factuel. Que des partis de la mouvance présidentielle aient connu les mêmes déconvenues, interpelle davantage sur les capacités de la classe politique à bien appréhender les lois qu’elle a votées elle-même ! Cela ne relève aucunement d’une remise en cause du système politique national qui se serait effondré, selon certaines opinions ! Au seul motif que certains partis ne puissent prendre part aux élections législatives, du fait de leur propre turpitude. Faut-il, parce qu’un parti est de l’opposition, le materner, le porter, y compris contre son gré, afin qu’il prenne part à une élection ?
Il faut avoir la force, ou la faiblesse, c’est selon, d’admettre que les situations de crise comme la présente vivifient plutôt le système démocratique qui ne saurait s’accommoder d’être un long fleuve tranquille. Pour s’en convaincre, il suffit de se plonger dans le yoyo qui caractérise le brexit en Grande-Bretagne, notamment en son Parlement qui, là-dessus, ne sait plus à quel saint se vouer. Le drame des Gilets jaunes en France, non plus, n’implique pour autant une crise institutionnelle! Et autant que l’on se rappelle, les tumultes politiques, récurrents, observés en Italie, en Belgique et même en Espagne, n’ont jamais été de nature à amener les politiques à crier à la fin des haricots, encore moins, les citoyens, de ces pays, à crier à la fin de toute chose, à penser qu’il y avait péril en la demeure…C’est ce que pourtant certaines opinions font actuellement valoir au Bénin, alors qu’il suffit de consulter l’histoire politique récente du pays, pour se convaincre du contraire, pour s’édifier…que la confection d’une liste électorale ait été bâclée, qu’un K.O. ait pu découler d’un corps électoral mal maîtrisé avant une présidentielle, qu’il y a eu de démissions en cascade d’une commission électorale sans que cela, en rien, et en définitive, n’ait empêché le cours des élections…Il en sera ainsi, cette année encore où le Bénin fait un pas supplémentaire dans son apprentissage de la démocratie, avec les prochaines législatives marquées par de nouvelles lois dont certains acteurs politiques ont du mal à appréhender les contours…Cela suffit-il pour prétendre à une remise en cause totale de l’ordre établi ??

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