Annoncée comme la rencontre pour trouver une solution aux difficultés qui plombent le processus électoral en cours, la séance d’échanges entre le président de la République, le bureau du Parlement et les responsables des formations politiques, mercredi 6 mars à la présidence de la République, n’a pas trahi les pronostics. Elle a permis d’évaluer la situation, mais surtout d’envisager des possibilités pour préserver la paix et conduire le processus électoral à terme, dans le respect des dispositions légales.

Que faire pour racheter les formations politiques défaillantes vis-à-vis des dispositions légales et donc écartées pour le moment des élections législatives du 28 avril prochain ? Grosse interrogation à laquelle le président Patrice Talon et des acteurs politiques ont tenté de trouver des réponses au cours d’une séance de travail à la présidence de la République, mercredi 6 mars. Avec ses hôtes, le chef de l’Etat a échangé à bâtons rompus sur toutes les mesures envisageables pour préserver la paix.
D’entrée, il a insisté sur la responsabilité imputable au législateur, donc aux parlementaires dans la situation que connait actuellement le processus électoral. « L’Assemblée nationale a voté des lois et n’a pas veillé à harmoniser les dates d’effet de certaines dispositions. Ce n’est pas la faute de la Commission électorale nationale autonome (Cena) », a notamment fait observer le président Patrice Talon. Pour lui, en effet, le fait que la Cena ait indiqué que le 26 février était la date de clôture du dépôt des candidatures, ce n’est pas de sa volonté.
« C’est la loi qui a prescrit un tel calendrier à partir de la date de convocation, de la tenue des élections », soutient-il.
« Nous avons convoqué le corps électoral pour le 28 avril. La loi prescrit qu’avant le 28 avril, il y a 15 jours de campagne obligatoire. Avant le 1er jour de campagne, il y a 45 jours de délai de préparation des élections, délai qui commence à la date de clôture du dépôt des candidatures. Donc, tous les candidats doivent avoir fait les formalités de dépôt de candidature au minimum, 45 jours avant le premier jour de campagne. 45 plus 15, cela fait 60 jours. Donc, il faut au minimum 60 jours pour compter de la date de tenue des élections pour le dépôt des candidatures », détaille-t-il ensuite aux responsables de formations politiques venus à sa rencontre. En clair, selon lui, la « désharmonie et l’incohérence entre la date d’échéance pour les formalités de mise à jour des partis politiques et le calendrier électoral » sont imputables aux députés. « Si le Parlement avait fait les décomptes, il n’aurait pas donné six mois de mise à jour à partir de la date probable de promulgation de la loi qu’il a votée », fait observer le chef de l’Etat.
Présent à la séance, en sa qualité de chef de parti politique, le président de l’Assemblée nationale, Me Adrien Houngbédji tente de disculper son institution. « Nous travaillons dans des conditions de célérité jamais vues dans un Parlement. Lorsque les textes arrivent, le temps qui nous est imparti est très court », se défend-il, non sans reconnaître que « effectivement, il y a des erreurs dans nos lois ».

Solutions envisagées !

L’objectif de la séance n’étant pas de désigner un coupable, il a fallu chercher des solutions aux difficultés actuelles. En cela, le chef de l’Etat a écouté ses invités ainsi que leurs propositions. Pour ces derniers, « il y a comme un sentiment d’exclusion en laissant aller aux élections deux partis politiques heureusement ou malheureusement de soutien au président de la République ». Il faut chercher une solution, ont-ils tous convenu face à ce qu’ils ont qualifié de « difficulté objective ».
Ils s’en remettent alors à « l’institution qui fait la loi ».
Bruno Amoussou, au nom de l’Union progressiste, fera observer, de son côté, que « la piste consistant à ce que les forces politiques se retrouvent au Parlement pour dialoguer, pour examiner ce qu’il convient de faire sera féconde » et assure que son parti participera avec intérêt à ces discussions. Toujours est-il, selon lui, qu’il faudra « rester conforme aux dispositions légales et rester dans l’esprit de l’Etat de droit ».
Bruno Amoussou estime que « la piste d’une réflexion collective entre forces politiques représentées ou non au Parlement parait bien utile à exploiter… pour la recherche de consensus et d’un vivre en commun pacifique ».
Gildas Aïzannon de l’Union démocratique pour un Bénin nouveau (Udbn) est lui, sidéré par la « sincérité qui se dégage de l’intervention du chef de l’Etat ». Il trouve « qu’aucun sacrifice ne sera trop grand pour préserver la paix », et estime que le président Patrice Talon a tracé des pistes de solutions très intéressantes. « L’espoir est permis», soupire-t-il, soutenant que « l’Udbn a tout fait pour se mettre en règle», en vain !

Les regards tournés vers le Parlement

« Je veux espérer qu’à partir de cet instant, vous allez être en mesure de nous faire des suggestions pour prendre des décisions, parce que vous en avez les prérogatives…, s’il faut que l’Assemblée nationale aille en session dès lundi ou ce week-end pour proposer des mesures nous permettant d’atteindre les objectifs tout en respectant les lois actuelles ou les lois de demain, ce serait salutaire pour nous tous et nous allons en partager le mérite », a indiqué le chef de l’Etat.
« Certes, ma volonté n’est pas de forcer la main aux partis politiques pour aller aux élections. Mon souhait, c’est qu’en mon temps également, les élections soient de même nature, de même qualité, de même convivialité que ce que nous avons connu jusque-là », poursuit-il. Comme ses hôtes, le chef de l’Etat convient lui aussi que le Parlement devra se réunir en urgence pour trouver une solution à la situation. Même si l’institution en venait à envisager une révision de la Constitution à cette fin, le président Patrice Talon n’y voit pas d’inconvénient. Pour lui, c’est l’ultime option puisqu’il reconnait : « Je n’ai pas le pouvoir de suspendre le processus électoral. Si j’avais ces prérogatives, je le ferais… Ni l’Exécutif, ni le Parlement, personne dans notre disposition constitutionnelle ne peut suspendre un processus électoral si la Cour constitutionnelle ne constate pas des irrégularités sur lesquelles elle statue et prescrit quelque chose de formel en tant qu’arbitre du contentieux ».

L’Opposition boycotte…

Toutes les formations politiques attendues à la rencontre avec le chef de l’Etat n’ont pas honoré le rendez-vous. Sur les dix partis attendus, quatre n’ont pas répondu à l’appel. Il s’agit de la Dynamique unitaire pour la démocratie et le développement (Dudd), les Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe), l’Union sociale libérale (Usl) et Restaurer l’espoir (Re). A travers des « courriers formels », Fcbe et Re ont « décliné l’offre de l’invitation ». Les deux autres ont brillé par leur absence sans explication. Une situation qui a laissé de marbre le président Patrice Talon qui, lui, souhaitait échanger avec l’ensemble des formations politiques qui ont manifesté l’envie de prendre part à ce scrutin. Il espérait surtout les entendre et comprendre leurs difficultés afin d’envisager, avec elles, les voies de sortie. Ce qui dérange davantage le chef de l’Etat, c’est que seulement deux listes, qui plus est, des listes de son camp ont pu franchir le cap de la Commission électorale nationale autonome (Cena) et sont donc en règle. « Le constat est malheureux et nous interpelle », relève-t-il. « Je ne suis pas à l’aise et j’ai estimé qu’il convient d’inviter les responsables des partis politiques », souligne-t-il.
Avec les membres du bureau du Parlement et les responsables de l’Union démocratique pour un Bénin nouveau (Udbn), de l’Union progressiste, du Bloc républicain, du Mouvement des élites engagées pour l'émancipation du Bénin (Moele-Bénin), du Parti du renouveau démocratique (Prd) et des Forces cauris pour le développement du Bénin (Fcdb), le président Patrice Talon s’est donc entretenu pour trouver une approche de solution à la situation. Pour lui, que priment la paix et le jeu démocratique. Raison pour laquelle, il martèle son souhait de voir en compétition tous les partis politiques qui ont manifesté le besoin de prendre part au scrutin législatif. La balle est désormais dans le camp du Parlement qui statuera en procédure d’urgence sur les choix à opérer.

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