Une délégation de l’Union internationale des télécommunications (Uit) a effectué une descente dans les champs d’ananas, vendredi 1er février dernier, à Allada. Elle a rencontré les agriculteurs pour s’imprégner de leurs difficultés et explorer les possibilités de solutions à l’aide des nouvelles technologies.

Comment concilier l’agriculture et le numérique pour booster le développement au Bénin ? C’est l’objectif de l’Union internationale des télécommunications (Uit) qui appuie le Bénin depuis un moment dans cette démarche, en initiant cette descente qui lui a permis de toucher du doigt les réalités des agriculteurs béninois. La délégation conduite par Hani Eskandar a échangé avec eux pour mieux cerner les difficultés liées à leur fonctionnement afin d’explorer les pistes de solutions à l’aide des technologies nouvelles. Content d’être visité par une institution soucieuse de l’essor du secteur agricole au Bénin, Emmanuel Amoussou, membre d’une grande famille d’agriculteurs et l’un des plus grands producteurs d’ananas résidant à Allada Soyo, a exposé à ses hôtes le fonctionnement de son champ d’ananas. Un champ d’ananas qui s’étend à perte de vue avec la succession chaque fois de ceux de ses frères dont quelques uns étaient également présents. La première difficulté qu’il évoque est l’accès aux marchés d’écoulement des produits qui pourrissent très rapidement lorsque la vente n’intervient pas dans les meilleurs délais. « Nous produisons en grande quantité mais les gens n’achètent pas», se désole-t-il. Pour pallier ce problème d’avarie, ils sont obligés de brader à crédit leurs productions agricoles et se trouvent confrontés de ce fait à des difficultés de remboursement. « Je viens même de Cotonou pour un procès avec un client qui me doit 750 000 F Cfa depuis deux ans », confie-t-il tout en sollicitant l’appui de ses hôtes pour trouver solution à ce problème d’accès aux marchés d’écoulement. Sidérés par cet exposé de l’agriculteur, Hani Eskandar et sa délégation estiment que dans ce cas, les recherches de marché via l’internet sont indispensables. La question a été alors posée à Emmanuel Amoussou s’il a un téléphone portable android et comment il s’en sert pour résoudre un certain nombre de problèmes liés à son activité. Quand bien même il en dispose, son niveau d’instruction ne lui permet pas de l’exploiter à fond pour des recherches par exemple sur internet. Il poursuit qu’à l’aide de son portable, il fait des transactions financières sans jamais payer ses collaborateurs par ce canal mais plutôt main à main. Il évoque également la difficulté à s’approvisionner en intrants et l’absence d’assistance par des conseillers agricoles. « Je dispose d’un creuset d’échanges formel avec d’autres agriculteurs notamment mes frères pour surmonter ces difficultés », reconnaît-il, évoquant des échanges d’expériences entre eux.

Circuit d’écoulement

La délégation conduite par Hani Eskandar s’est rendue ensuite dans une usine de production de jus d’ananas située dans la même ville. Le promoteur Dieu-Donné Alladjodjo a exposé ses relations avec les producteurs et le mode de fonctionnement de sa chaîne de production. A la question de savoir si la matière première est assez disponible pour faire tourner à plein temps son usine, il explique à la délégation que sa société dispose d’un partenariat formel avec des organisations de producteurs à qui elle fournit des programmes d’édition florale pour éviter la rupture en matières premières. «Le marché local évolue en dents de scie. Parfois, vous manquez d’ananas, parfois il y en a de trop», précise-t-il. Les transactions financières par téléphone sont courantes chez lui pour satisfaire les producteurs. Pour lui, c’est un mode de fonctionnement très pratique qui permet d’établir facilement la traçabilité dans les dépenses. Il donne également l’exemple de certains agents qui ne disposent pas de compte bancaire et qui sont payés via les transactions financières téléphoniques. Dieu-Donné
Alladjodjo indique que l’internet est d’une grande utilité pour son entreprise, car il leur permet de rechercher des débouchés et de s’imprégner de l’actualité économique dont les foires. Il confie à ses hôtes qu’il aurait aimé informatiser tout son système, mais il se trouve bloqué par le réseau internet qui n’était pas trop développé au Bénin jusqu’à un passé récent. Il se dit toutefois ouvert à s’adapter aux nouvelles technologies pour l’essor de l’agriculture au Bénin. Pour lui, la maîtrise de la matière première, du circuit d’écoulement et des paramètres techniques sont les trois enjeux majeurs auxquels il faut faire face pour booster la chaîne de valeur ajoutée.
Hani Eskandar et sa délégation se sont rendus aussi sur le site d’installation du cyber centre du centre social de la localité. Un centre qui, à en croire Hani Eskandar, apportera un plus à la technologie de la localité pour favoriser en retour la promotion de l’e-agriculture au Bénin.

Évaluer cet élément
(0 Votes)
Lu 2030 fois