Il apparait clairement, que l’idée de faire revenir au bercail les biens culturels du patrimoine national, est des plus sérieuses. Des doutes avaient été émis cependant par certains au Bénin comme à l’étranger, faisant montre d’un certain scepticisme à ce que la France puisse accéder à la requête béninoise de restituer des statues et objets royaux, objets d’attraction dans des musées en Hexagone.

Que de (quasi) gausseries et de quolibets alors !, de la part de ceux qui n’y croyaient pas, quand bien même des panafricanistes attitrés, notamment le Cran, Conseil représentatif des associations noires de France, trouvaient l’initiative géniale et ont appelé à ce qu’elle fasse effet boule de neige. D’autant plus que par un symbolisme voulu ou fortuit, c’est au mois d'août en 2016, mois d’accession à la souveraineté internationale de nombreux pays africains, que le président Patrice Talon avait envoyé à Paris cette demande de restitution. Une première, venant d’une ancienne colonie d’Afrique subsaharienne, et chose suffisamment rare pour ne pas être soulignée. Mais on revient de loin, car aussitôt la demande béninoise exprimée, le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Jean-Marc Ayrault, lui a opposé alors une fin de non-recevoir, alléguant de ce que ces biens sont soumis au principe d’inaliénabilité, d’imprescriptibilité et d’insaisissabilité. Mal engagé ce combat ?

Gain de cause

Depuis lors, les lignes ont bougé, des discussions à ce propos ont eu lieu entre les autorités au plus haut niveau des deux pays. Le président Macron affichant du reste, après coup, sa bonne disposition à cette fin, a davantage facilité la dynamique dans laquelle s’inscrit le Bénin. La création du Comité chargé de la coopération muséale et patrimoniale, constitué de personnalités disposant d’expertise avérée en la matière tel notre compatriote Nouréini Tidjani Serpos, de grande réputation, et ancien haut responsable de l’Unesco, qui préside ce comité, est un palier supplémentaire de franchi. Et dénote, non seulement du sérieux de la démarche béninoise, mais aussi de ce que l’ambition, affirmée par le président Talon et inscrite en bonne place dans le Programme d’action gouvernementale, de booster le tourisme au Bénin pour en faire un levier de développement, ne répond à aucun impondérable d’effet d’annonce. Ajouté à d’autres actions entreprises, dont la construction des musées aux normes et standards internationaux en cours, la mise en place dudit comité témoigne de ce que le gouvernement avance méthodiquement sur ce chantier.
Œuvre confortative pour le développement du tourisme au Bénin certes, mais avant tout un acte patriotique, car le retour au bercail de ces biens culturels du patrimoine matériel national, est d’une valeur affective sans commune mesure, participant en sus de notre identité que nous ne saurions raisonnablement laisser à l’étranger. Le Bénin comme la plupart des pays d’Afrique a perdu trop de temps dans cette perspective. Chaque chose à son temps dit-on, et chaque chose en son temps. Il était temps ! ?

Paul AMOUSSOU

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