En tournée nationale de prise de contact avec les structures sous tutelle de son département, le ministre en charge de l’Industrie et du Commerce, Serge Ahissou, a, au cours de l'étape du Mono, marqué un arrêt, ce jeudi 12 avril, à la Sitex et à la Cbt de Lokossa. C’était pour toucher du doigt les difficultés auxquelles sont confrontées ces deux sociétés autrefois fleurons de l’économie béninoise.

Installées à Lokossa, les deux unités de production visitées hier par le ministre de l’Industrie et du Commerce n’ont pas la même santé économique. Si la Société des industries textiles du Bénin (Sitex) est financièrement exsangue, la Compagnie béninoise des textiles (Cbt), quant à elle, serait, selon son directeur général, le seul fleuron qui règne encore sur le marché des textiles de l’Afrique de l’Ouest.

L’administrateur délégué de la Sitex, Martin Mègan, soulignera que la descente aux enfers de celle-ci a commencé depuis 2004, conduisant au licenciement du personnel, puis à la fermeture pendant un moment. La reprise des activités, vaille que vaille par les quelques agents rappelés, retient-il, se fait de façon discontinue. Et pour pallier les difficultés, l’administrateur délégué compte sur un plan de relance tridimensionnel permettant de renouer avec le segment de marché, de réhabiliter le potentiel technique et de refinancer le fonds de roulement.
A l’en croire, si les deux premières dimensions ont été exécutées, le défaut du fonds de roulement demeure le plus grand mal dont souffre la Sitex. Et au cas où l’Etat ne voudrait injecter encore de l’argent, ou décréter la fusion de la Sitex avec la Cbt, d’autres possibilités de sauvetage, selon l’administrateur, peuvent être explorées en visant le désengagement des pouvoirs publics. En somme, le nerf de la guerre manque au point où depuis quelques jours, l’énergie électrique est retirée à la Sitex. Plusieurs factures de consommation étant restées impayées, dit-on, la Société béninoise d’énergie électrique, a suspendu ses services de fourniture.
En commun, les personnels de la Sitex et la Cbt disent souffrir, par ailleurs, autant du coût élevé de la fourniture de l’énergie électrique que du non remboursement par l’Etat des Tva collectées. A la Cbt qui se porte beaucoup mieux, le remboursement réclamé est estimé à plus de 1 milliard francs Cfa. Les autres problèmes qui paraissent critiques pour le personnel ont porté notamment sur la mise à disposition d’une meilleure qualité de l’énergie électrique, de plus de tonnage de coton avec des conditions d’achat plus abordables pour l’industrie locale. La formation de la main-d’œuvre qualifiée pour le secteur textile et l’ouverture des négociations en vue d’obtenir, de la partie chinoise, l’annulation de la dette qui a servi à construire la Cbt, complètent la liste des doléances. A la Sitex comme à la Cbt, les représentants du personnel ont soutenu leurs responsables administratifs pour en appeler à l’attention du ministre et du gouvernement, afin que des solutions suivent cette énième visite officielle dans leur unité de production.
Ils seront appuyés par le préfet du Mono, Komlan Zinsou qui n’a pas manqué d’inviter le ministre à se porter défenseur de la remise à flot de la Sitex et de la Cbt. Pour lui, « les deux sociétés textiles constituent le poumon de la ville de Lokossa ». En revanche, aux travailleurs de la Sitex spécifiquement, il a demandé un examen de conscience, quant à leur responsabilité individuelle et collective dans les difficultés qui font sombrer l’usine. Le ministre, qui s’est dit sensible aux cris de détresse a promis de se pencher sur les cas respectifs des deux usines. Les approches exposées au sujet de la Sitex, a-t-il annoncé, seront évaluées, et au besoin actualisées, en vue d’une communication en Conseil des ministres.
A la Sitex comme à la Cbt, le ministre et le préfet ainsi que leur délégation ont visité les ateliers et ont pu toucher du doigt les réalités précédemment exposées?

Etape de la direction départementale

Treize agents, dont deux de la catégorie A, animent la direction départementale en charge de l’Industrie et du Commerce pour le compte du Mono et du Couffo. Cet effectif est insuffisant pour assumer les missions dévolues à la structure, fait remarquer le directeur. Au titre desdites missions, indique le directeur départemental, Bernard Ehoun, l’effort est concentré sur la lutte contre les produits périmés et frelatés avec à la clé la sensibilisation des opérateurs économiques sur le respect de la règlementation en matière industrielle et commerciale. « Nous contrôlons, notamment, la validité de leur carte professionnelle de commerçant, l’enseigne et la publicité sur les prix », détaille-t-il. Au surplus, laisse entendre Bernard Ehoun, « On a commencé, depuis 2016, la promotion de l’anacarde dans le département du Couffo afin que ces produits ne soient plus comptabilisés dans la production du Zou ». Ces derniers temps, fera savoir le directeur départemental, lui et son équipe sont occupés à faire la veille dissuasive autour des sorties frauduleuses des noix d’acajou au niveau des frontières des départements du Mono et du Couffo avec le Togo.
Il soulèvera également des préoccupations telles que l’obsolescence de la machine à taper, l’amortissement de l’unique véhicule de service, la pénurie d’imprimés pour satisfaire à certaines demandes des opérateurs économiques. 131 demandes de cartes professionnelles, dont 123 exprimées par des nouveaux créateurs d’entreprise, sont en attente. L’absence de ressources financières nécessaires à la procédure d’incinération des produits impropres à la consommation saisis, constitue une autre difficulté.
Trois magasins contiennent ces produits. Si le magasin de la direction départementale en déborde, des stocks ont été également constitués à Comé et à Dogbo dans le Couffo.
Ces problèmes, le ministre assure qu’ils ne lui sont pas familiers d’autant plus qu’ils se ressemblent d’un département à un autre. Il retient qu’à la suite de cet exercice de collecte des difficultés, des réflexions seront engagées en vue d’apporter des solutions idoines. « Je n’ai pas de bâton magique, mais je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour améliorer vos conditions de travail dans le but de l’atteinte des objectifs pour lesquels vous avez reçu des lettres de mission », promet le ministre Serge Ahissou.

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