Le ministre d’Etat, chargé du Plan et du Développement Abdoulaye Bio Tchané reconnait que les deux dernières années ont été difficiles pour certains des compatriotes béninois. Il estime que les deux premières années ont en partie servi aux études de faisabilité, à la mobilisation des ressources et à la mise en place de réformes urgentes et nécessaires avant d’affirmer que le pays est actuellement en chantier dans tous les secteurs.

La Nation : Monsieur le ministre d’Etat chargé du Plan et du Développement, le gouvernement de la Rupture a annoncé dans son Programme d’action, de grandes réformes économiques pour transformer le pays. Deux ans après la gestion des affaires à la tête du pays, quel bilan peut-on en faire globalement ?

Abdoulaye Bio Tchané : Je voudrais d’entrée vous exprimer ma gratitude pour l’opportunité que vous m’offrez d’informer nos compatriotes à travers cette interview.
Pour répondre à votre question, je voudrais dire que notre pays, le Bénin, est actuellement en chantier dans tous les secteurs et l’espoir est permis pour le reste du chemin conformément aux ambitions contenues dans le Programme d’action du gouvernement 2016-2021.
Les réformes entamées ont entre autres, permis de renforcer l’assainissement des finances publiques, de mobiliser davantage de ressources pour des investissements massifs, d’améliorer la production agricole notamment dans les filières phares que sont : le maïs, le cajou, l’ananas et le riz. Nous avons aussi mis l’accent sur les investissements dans les secteurs prioritaires que sont en plus de l’agriculture, le tourisme, l’économie numérique et l’enseignement.
Le développement des infrastructures de soutien à la production s’est accru avec des investissements importants dans les secteurs de l’énergie où l’objectif du gouvernement est d’assurer une totale indépendance à notre pays, de l’eau avec pour cible l’accès universel à l’eau potable d’ici à 2021, des infrastructures (routières, portuaires et aéroportuaires).
Le secteur de l’éducation a été marqué par la reprise des activités des cantines scolaires dans nos écoles maternelles et primaires, l’amélioration de l’offre académique dans l’enseignement supérieur, technique et professionnel pour mieux l’adapter aux besoins du marché.
On peut également citer le renforcement de l’offre sanitaire pour des soins de qualité au profit de nos populations et la reprise des activités de micro crédit aux couches vulnérables de notre population.

De 4 % en 2016, le taux de croissance est annoncé autour de 6 % en 2017. Quelles sont les réformes qui ont favorisé ce bond ? La tendance sera-t-elle observée dans les années à venir ?

La hausse de la croissance économique que vous évoquez est le résultat de la mise en œuvre harmonieuse des réformes dans différents domaines. Cela va de l’assainissement des finances publiques à l’accroissement de la production agricole en passant par le port, le tourisme et les investissements dans le secteur numérique.
L’exemple le plus visible est celui de la production du coton, qui nourrit plusieurs millions de nos concitoyens et qui est le premier produit d’exportation de notre pays. Au cours de la campagne 2016-2017, la première sous la gouvernance du président Patrice Talon, le Bénin a atteint une production record de plus de 450 000 tonnes, sans que l’Etat n’ait eu besoin de débourser un franc au titre de subventions. Pour la campagne en cours, les prévisions sont autour de 500 000 tonnes, et tout porte à croire qu’elles seront dépassées. Les autres filières agricoles phares  ont également eu droit à une attention soutenue du gouvernement.
Les réformes dans d’autres domaines comme le Port, le Tourisme (qui va devenir un maillon fort de notre économie) ont aussi produit des résultats positifs. Vous noterez par exemple que nous commençons à recevoir plus de touristes notamment dans le parc de la Pendjari.
Nous suivons de près ces réformes en nous assurant qu’elles vont dans le sens des orientations du Pag et en faisant les ajustements nécessaires au fur et à mesure.

Dans le secteur agricole par exemple, le gouvernement a créé les Agences territoriales de développement agricole (Atda) qui sont déjà fonctionnelles. Peut-on avoir une idée des impacts de cette réforme sur l’organisation de ce secteur ?

La mission principale des Agences territoriales de développement agricole est de mettre en œuvre la politique de promotion des filières porteuses spécifiques au pôle de développement agricole et d’initier des actions permettant de s’assurer que les objectifs du gouvernement en matière de promotion des filières et de développement des territoires soient réalisés et produisent des résultats à impacts visibles. Elles sont placées sous la tutelle du ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche et jouissent d’une personnalité morale et d’une autonomie financière.
Les Agences territoriales de développement agricole ont permis pour chaque zone, de remettre les acteurs clés de chaque région au cœur du système, de les impliquer davantage dans les choix qui se font. Ainsi, il revient à ces agences de mettre en place ou de renforcer les infrastructures agricoles structurantes indispensables au développement des activités productives et à une meilleure valorisation des productions ; de faciliter l’accès des acteurs des filières aux informations et innovations, ainsi qu’aux conseils. Ces agences constituent un appui de premier plan au monde agricole.

A part la filière coton, quelles sont les autres filières agricoles d’exportation qui bénéficient particulièrement de l’attention du gouvernement? Quelles sont les actions menées dans ce sens ?

Le gouvernement a retenu de faire la promotion des quatre filières agricoles phares dont je vous ai parlé : le maïs, le riz, l’ananas et l’anacarde, auxquelles il faut ajouter le coton et le manioc. Il s’agit pour le gouvernement de faire de l’agriculture un véritable levier de développement économique en concentrant nos efforts et ressources sur des priorités et y faire une différence.
A titre d’exemple, au niveau du cajou, nous avons procédé dans un premier temps au traitement des anciennes plantations pour les garder toujours productives. Ensuite, le gouvernement envisage l’introduction de nouvelles plantations avec des greffes certifiées venues du Brésil et du Vietnam à travers une promotion de pépinières. Cela offre le double avantage de la diversification et de l’accroissement de la productivité.
En ce qui concerne l’ananas, il est apparu que l’un des obstacles au développement de la filière réside dans notre faible capacité de pouvoir l’exporter. Aucun dispositif solide n’existait au niveau de l’aéroport par exemple pour garantir des conditions optimales de conservation en attendant son transport. Nous travaillons en ce moment à installer un ou deux conteneurs frigorifiques où les ananas pourront être conservés avant leur convoyage par avion vers les marchés européens et au-delà. Mieux, le scannage des ananas se fait par plateau alors qu’il aurait été judicieux de le faire par palette pour éviter d’endommager le packaging. Cette possibilité existe mais il y a quelques réticences que nous comptons lever rapidement.
Comme l’anacarde et l’ananas que je viens de vous citer, chacune des filières phares bénéficie d’une attention soutenue du gouvernement pour régler de façon efficace les problèmes afin de permettre aux producteurs de vivre plus décemment de leurs efforts. Ces différentes mesures et réformes vont booster l’agriculture de notre pays.

Dans un bilan qui a été fait lors de la cérémonie de présentation des vœux en janvier dernier, il a été montré que le Port autonome de Cotonou se porte financièrement bien. Si c’était le cas, pourquoi avoir opté pour une gestion déléguée de ce poumon de l’économie béninoise ?

Votre constat est juste. Le Port autonome de Cotonou se porte beaucoup mieux. Grâce à des réformes conduites par le chef de l’Etat, le président Patrice Talon en personne, dès avril 2016, l’image et les performances de ce port se sont améliorées. Mais les ambitions du gouvernement vont au-delà des réalités du moment. Nous voulons faire du Port de Cotonou un port de référence en Afrique de l’Ouest. C’est ce qui nous a amenés à signer le 8 janvier dernier un contrat de gestion, avec le port d’Anvers en Belgique, afin de bénéficier d’une expertise mondialement reconnue. Ce contrat de gestion du Port autonome de Cotonou comprend deux phases. La première va permettre au mandataire de s'installer avant d'entamer l'exécution. La deuxième étape qui est l'exécution elle-même, doit se faire sur un mandat de trois ans, renouvelable deux fois.
Ce contrat intègre la modernisation des infrastructures du port de Cotonou qui reçoit en ce moment plus de 12 millions de tonnes de fret par an, l’organisation de l’enceinte portuaire, le renforcement des capacités de l’équipe locale et surtout l’informatisation du système des données.
Vous comprenez que l’objectif est de faire basculer le Port autonome de Cotonou dans une nouvelle ère et de le mettre également aux normes internationales. Plusieurs indicateurs ont été définis et vont servir de boussole aux deux parties. Nous sommes convaincus que d’ici quelques années, l’apport du Port autonome de Cotonou à l’économie béninoise deviendra encore plus important.

A votre avis, les réformes au port de Cotonou portent-elles déjà les fruits escomptés ?

A notre arrivée au pouvoir en avril 2016, le Port de Cotonou avait une santé financière très déplorable...
Les ports voisins avaient pris de l’avance sur nous sur plusieurs points. Le but du gouvernement était d’arrêter la saignée. C’est ainsi que, sous le leadership du chef de l’Etat, un certain nombre de mesures ont été prises. Et aujourd’hui, j’ai le bonheur de dire à nos compatriotes que ces mesures sont en train de faire la preuve de leur efficacité. La tendance s’inverse progressivement pour le bonheur des acteurs portuaires et de l’ensemble du peuple béninois.

Au nombre des secteurs dans lesquels des réformes ont été engagées, il y a le secteur de l'énergie électrique. Comment se porte aujourd'hui ce secteur ?

Le secteur de l’énergie au Bénin se porte aujourd’hui bien, largement mieux que la situation à notre arrivée il y a deux ans. C’est l’un des premiers chantiers auquel le gouvernement s’est attaqué. Et les nombreux efforts engagés ont porté leurs fruits. Unanimement, nos compatriotes s’accordent à reconnaitre que les délestages qui pouvaient durer jusqu’à 24, voire 48 heures ont disparu. Les rares coupures observées par moment sont généralement la conséquence de la vétusté du réseau électrique.
En deux ans, la situation du secteur de l'énergie s'est significativement améliorée dans notre pays. La capacité disponible sur le réseau électrique national en avril 2016 était de 160 MW, elle est aujourd'hui de 310 MW. Pour mettre fin au délestage et améliorer durablement la qualité de la fourniture de l'énergie électrique, le gouvernement a eu recours à la location de centrales électriques thermiques pour une capacité de 180 MW (50 MW viennent d'être démobilisés) et a engagé la réhabilitation des centrales électriques thermiques de Porto-Novo, de Parakou et de Natitingou de la Société béninoise d’énergie électrique (Sbee) dont 20 MW sont aujourd'hui déjà disponibles et opérationnels sur les 30 MW attendus.
Les efforts sont toujours en cours ; les travaux de construction de la première centrale électrique thermique dual-fuel 120 MW, ont effectivement démarré en septembre 2017 et se poursuivent normalement sur le site Maria-Gléta. En plus, le Conseil des ministres du 20 décembre 2017 a approuvé le point des négociations pour la construction, l'exploitation et la maintenance d'une deuxième centrale thermique dual- fuel de 120 MW en cycle combiné sur le site de Maria Gléta.
Le gouvernement a également opté pour la diversification des sources d’énergie. A ce titre, il est prévu la construction de centrales solaires photovoltaïques pour une puissance de 45 MW sur quatre sites (Parakou, Djougou, Natitingou et Bohicon) avec le deuxième compact du programme Millennium Challenge Account (Mca) Bénin II, et une autre de 25 MW avec l'Agence française de développement (Afd) à Pobè. Il est aussi prévu la construction de centrales électriques à biomasse par des producteurs indépendants pour une puissance totale de 30 MW.
Pour améliorer rapidement et durablement l'accès à l'électricité en milieu rural et pour étendre et densifier les réseaux électriques en milieu urbain, le gouvernement a initié le projet d'électrification de 600 localités par énergie solaire et de 300 par extension du réseau de la Sbee en milieu rural.
De 2016 à aujourd'hui, les travaux d'électrification rurale de 101 villages ont été engagés dont 63 sont entièrement achevés. Pour 2018, il est prévu de lancer des travaux d'électrification rurale pour au moins 40 villages, sans compter les autres concernés par d'autres programmes à venir.
Je voudrais ajouter que sur le long terme, le gouvernement envisage l’amélioration de la qualité du réseau électrique. Cela nous permettra de limiter considérablement les pannes, les coupures et les autres défaillances constatées dans la fourniture de l’énergie électrique notamment au niveau de la Sbee.

Le gouvernement a annoncé la construction de certaines centrales thermiques pour la production de l'énergie électrique. Où en est-on aujourd'hui, alors que récemment des communes entières sont restées sans électricité dans le département de l’Alibori ?

Les constructions de centrales électriques annoncées par le gouvernement sont toutes entrées dans leur phase active comme je l’ai expliqué dans ma réponse précédente. La fin des travaux pour la construction de la première centrale électrique thermique dual-fuel de 120 MW est prévue pour le 1er semestre de l'année 2019 et celle des travaux de construction de la centrale thermique dual-fuel de 120 MW en cycle combiné sur le site de Maria Gléta est prévue pour le 2e semestre de l'année 2019. La fin de la construction de la centrale électrique de 20 MW en mode Partenariat public-privé est prévue également pour la fin de l'année 2019.
Au total, le Programme d’action du gouvernement a réservé une enveloppe de 761 milliards de Francs Cfa sur la période 2016-2021 pour renforcer les capacités énergétiques du pays à travers les projets de modernisation et d'extension de la filière thermique pour une puissance totale d'environ 400 MW, le développement des énergies renouvelables avec l'implantation des centrales solaires photovoltaïques pour une capacité totale de 100 MW, le renforcement et l'extension des réseaux électriques et l'accélération de l'électrification des localités rurales.

Avec les réformes engagées dans ce secteur, à quand l'autonomie énergétique du Bénin ?

Selon les prévisions du gouvernement, le Bénin va disposer à l'horizon 2019-2020, de 390 MW y compris les énergies renouvelables pour 100 MW pour une pointe projetée à 340 MW en 2020. Notre autonomie énergétique sera donc assurée à l'horizon 2020 et toutes les centrales électriques thermiques en location aujourd’hui pour compenser notre gap énergétique seront entièrement démobilisées.
La réalisation des aménagements hydroélectriques contribuera ensuite à réduire, à long terme, le coût global de production de l'énergie électrique en protégeant mieux l'environnement et, au meilleur coût pour nos concitoyens.

Monsieur le ministre d’Etat, l’un des domaines qui a également préoccupé le gouvernement, est celui de l’emploi. Quel bilan peut-on faire dans ce secteur après deux ans de gestion du pouvoir par le régime de la Rupture ?

L’emploi en général et l’emploi des jeunes en particulier a été au cœur des préoccupations du gouvernement. Le premier enjeu est de faire de l'emploi une préoccupation transversale nécessitant la concentration des énergies, afin de parvenir à la mise en œuvre des actions concertées et des résultats concrets. Au regard de ce point, le gouvernement a engagé les travaux d’actualisation du document de politique pour l’emploi afin de dégager les grandes orientations à donner à la question pour plus d’efficacité des différentes initiatives entreprises du Pag. Parallèlement, l’Etat a accru son rythme de création d’emplois, mais a créé des conditions favorables à la création des emplois dans le secteur privé et à l’auto-emploi.
Pour vous donner quelques chiffres, j’avais annoncé 60 000 emplois directs et indirects créés en octobre dernier à l’occasion du budget 2018, créant une petite polémique. Aujourd’hui, je confirme ce chiffre en 2017, ce sont 63 284 emplois qui ont été créés dont 28 478 emplois formels (les emplois formels faisant 45 % de l’ensemble des emplois). Mais je vous annonce également que sur la base des informations rassemblées au premier trimestre 2018 (année du démarrage des grands chantiers), ce sont 49 283 emplois qui ont été créés dont 15 511 emplois formels (les emplois formels faisant 31 % de l’ensemble des emplois).

Avec les actions ainsi engagées, les Béninois peuvent-ils avoir espoir pour un lendemain meilleur ?

Le chef de l’Etat avait dit lors de son discours sur l’état de la nation le 22 décembre dernier, que l’année 2018 sera celle du début de la réalisation physique de nombreux projets phares du Programme d’action du gouvernement. D’autres qui sont déjà en cours vont connaitre une intensification. Dans tous les secteurs de la société, des changements perceptibles seront notés.
Je dois reconnaitre que les deux dernières années ont été difficiles pour certains de nos compatriotes. Mais il fallait passer par cette phase pour poser les bases d’une nation économiquement solide. Nos deux premières années ont en partie servi aux études de faisabilité, à la mobilisation des ressources et à la mise en place de réformes urgentes et nécessaires. Désormais, nous sommes tournés vers plus d’actions visibles.
L’avenir, nous travaillons pour qu’il soit reluisant pour nous tous, surtout pour les couches les plus défavorisées et les plus vulnérables. Le gouvernement va poursuivre sa politique sociale, avec la création d’emplois, l’Assurance pour le renforcement du capital humain (Arch) comprenant la micro finance, la promotion des filières agricoles phares, le développement du programme de cantines scolaires…
Chaque Béninois où qu’il se trouve dans le pays, sentira un changement positif dans son environnement.

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