Ce mardi 13 mars, le tribunal de première instance de première classe de Cotonou a rendu sa décision dans le procès dit de « faux médicaments ». La sanction contre les prévenus dont les patrons d'entreprises grossistes-répartiteurs de produits pharmaceutiques, a été lourde.

L’affaire dite de « faux médicaments » jugée en flagrant delit et mise en délibéré pour ce 13 mars a livré son verdict. 48 mois de prison ferme, 10 millions de francs Cfa pour chacun des patrons des sociétés, le tout assorti d’une amende de 100 millions de dommages à verser solidairement à l’État. Telle est la sentence du Tribunal de première instance de première classe de Cotonou. La Justice ordonne aussi la destruction des stocks saisis.
À l’annonce de cette sentence, parents et amis des condamnés ont fondu en larmes. Visages fermés, les regards vagues, le verdict a semblé les assommer. Les moins courageux étaient en sanglots.
Le jugement rendu par le collège des trois juges du Tribunal de première instance de première classe de Cotonou semble avoir surpris plus d’un. Les proches des condamnés, affligés, n’ont pas eu le courage de commenter le verdict. Les avocats sont aussi réservés après ce jugement. Aucun avocat de la défense n’a accepté de parler à la presse. Ils ont juste annoncé la possibilité de faire appel.
Au-delà de la surprise qui a animé certains, d’autres n’en croient pas leurs oreilles. «48 mois, c’est trop pour ce qui leur est reproché », a fini par lâcher M. Adéchocan, un proche d’un accusé, soulignant par ailleurs qu’il existe parmi les condamnés des innocents. Et, il cite le cas d’un accusé qui était à l’avant-garde de la lutte contre le réseau de trafic de faux médicaments dirigé par le député Atao Mohamed Hinnouho en fuite, pièce maîtresse dans cette affaire, chez qui la police a saisi plusieurs dizaines de cartons de médicaments début décembre 2017.
Le parquet, dans son réquisitoire, a soutenu la thèse d’une atteinte à la santé publique. Les chefs d’accusation varient d’un prévenu à un autre, et va de la vente illicite de faux médicaments au mauvais convoyage et au conditionnement desdits médicaments. D'autres prévenus, dont deux collaborateurs du député ont écopé de peines de six mois de prison ferme.
Tout est parti de l'arrestation d'un livreur de médicaments qui a conduit dans des entrepôts «appartenant au député et à sa compagne ». La police y a saisi 151 tonnes de médicaments et de réactifs.
Les enquêtes révèlent également que des sociétés appartenant au couple auraient livré des structures agréées. La justice les accuse de « s'être approvisionnées consciemment» chez des gens qui ne sont « ni grossistes», « ni pharmaciens »?
Un signal fort, commente Jean-Baptiste Élias

Dans un commentaire livré sur Rfi, Jean-Baptiste Élias, président du Front des organisations nationales contre la corruption (Fonac), déclare : « Que l'on puisse s'occuper de lutter efficacement contre le trafic de faux médicaments ou de médicaments en général, ça ne peut être que bien pour le Bénin ». « Maintenant, est-ce que c’est bien les cibles qu’il faut ? Que ce sont les personnes concernées qu’il faut ? », se demande-t-il. « C’est chez un député qu’on a retrouvé des centaines de tonnes de faux médicaments, poursuit-il. Mais ce qui est important à retenir, c’est que désormais au Bénin, on doit savoir que les médicaments constituent des produits importants qui ne peuvent pas circuler dans de mauvaises conditions d’une part ; les médicaments ne peuvent pas être dans les mains de ceux qui ne sont pas autorisés à le faire d’autre part, commente-t-il. « Et enfin les médicaments ne doivent plus être dans les marchés, sur les étalages, et de ce point de vue, c’est un signal fort qui est donné », se réjouit Jean-Baptiste Élias.
J. K.

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