Ce mardi 16 janvier, cela faisait 41 ans qu’un groupe de mercenaires attaquait la République populaire du Bénin pour tenter de renverser le régime militaro-marxiste dirigé par le lieutenant-colonel d’alors, Mathieu Kérékou. L’émotion était vive hier lors de la cérémonie de dépôt de gerbe à l’ex-Place-des-martyrs à Cotonou, malgré le temps écoulé.

Sonnerie aux morts, dépôt de gerbe et recueillement à la Place-du-Souvenir (ex-Place-des-martyrs) à Cotonou où est érigé un monument en mémoire des valeureux enfants du Bénin morts dans l’agression du 16 janvier 1977. Le ministre délégué en charge de la Défense nationale, les forces armées, des parents de victimes et autres anonymes se sont souvenus hier des martyrs tombés au champ de bataille en défendant la patrie contre les mercenaires amenés par Bob Denard.
Les victimes étaient au nombre de sept : militaires, paramilitaires et civils, tombées sous les balles des mercenaires. Il s’agit de : Paulin Thotho, gendarme de 1ère classe ; Pascal N’tcha Dabapa, douanier ; Abiodun Basile Bambotché, agent à la Sonatrac ; Yessoufou Lassissi, soldat de 2e classe ; Sylvain Comlan, ouvrier électricien ; Kassim Alassane, soldat de 1ère classe et Mathieu Migninnavo Tossou, adjudant.
Le ministre Alain Fortuné Nouatin a rappelé que ces illustres disparus ont défendu vaillamment, au prix de leur vie la patrie, et l’ordre établi contre les envahisseurs.
Cet événement « mémorable» ne peut passer sous silence, conçoit Victorin Togbé, officier à la retraite et témoin des faits, qui se souvient qu’au-delà des Forces armées populaires (Fap), c’est le peuple tout entier qui s’est levé ce dimanche 16 janvier 1977 pour « défendre la cause de son indépendance ».
Dans le rang des parents des victimes, la douleur reste encore vive, quarante-et-un ans après les tragiques événements. Delphine Tossou, fille de l’adjudant Mathieu Migninnavo Tossou, un des martyrs, n’a pu retenir ses larmes à l’invocation des sept martyrs dont les images placardées sur un tableau plongent dans ce souvenir douloureux. Elle a saisi l’occasion pour déplorer le manque d’attention des pouvoirs publics envers les familles des disparus.

Rappel des faits

Dimanche 16 janvier 1977 à 7 h 03, un avion DC-7 a débarqué à hélices atterrit sur le tarmac de l’aéroport de Cadjèhoun à Cotonou. A bord de l’appareil qui a débarqué à l’improviste, un contingent d’hommes « drogués et armés jusqu’aux dents », selon le journal Ehuzu en date du même jour.
Une dizaine de minutes après, les premiers coups de feu éclatent et réveillent les riverains de l’aéroport. Les tirs nourris de mortiers, de mitraillettes, de roquettes et autres armes lourdes se font entendre pendant plus de trente minutes. « Nous sommes sortis sur la terrasse et nous avons vu les mercenaires sur un terrain vague, à une quinzaine de mètres de nous. Il y avait des Blancs et des Noirs, mais les Blancs étaient majoritaires. Ils invectivaient en français. Ils semblaient être guidés par des civils noirs », témoignera plus tard un Français logé à 500 m environ de l’aéroport et rapporté par Robert Lambotte dans L’Humanité du 24 janvier 1977. « En même temps, poursuit le témoin, sur le front de mer, vers l’immeuble du Conseil de l’Entente, il y avait des hommes en armes, à pied, très décontractés comme s’ils participaient à une battue de chasse ».
Les tirs ont été nourris. Le Palais de la Présidence est touché. L’immeuble de la télévision nationale est atteint par une roquette, ainsi que le Palais des congrès. Ainsi, les mercenaires tentaient de s’emparer de la ville de Cotonou et de renverser le régime militaro-marxiste du lieutenant-colonel Mathieu Kérékou au pouvoir depuis quatre ans. De l’aéroport de Cadjèhoun jusqu’à la hauteur de la Place-des-Martyrs aujourd’hui Place-du-Souvenir, la cocoteraie située en borure de mer était devenue un théâtre d’affrontements sanglants entre les envahisseurs et des éléments des Forces armées populaires (Fap). L’histoire enseigne que la riposte « foudroyante » des vaillantes forces face à l’assaut forcené est organisée de main de maître par le lieutenant-colonel et ‘’grand camarade de lutte’’ Mathieu Kérékou lui-même.
Il monte au créneau quelque temps et d’une voix grave, le ton plein de solennité et de fermeté, il lance l’appel patriotique et historique aux Comités de défense de la Révolution (Cdr) et à toutes les instances locales de notre Révolution démocratique et populaire pour qu’ils développent et renforcent la riposte massive aux ennemis du peuple béninois. La Révolution ou la mort ! Mort aux traitres ! Prêt pour la Révolution! La lutte continue. ».
L’appel lancé en boucle sur la radio nationale ‘’La voix de la Révolution’’ est entendu. Les citoyens ne se font pas prier, surtout à Cotonou. Courageux, ils s’arment comme ils peuvent, avec coupe-coupe, gourdins, pierres, sans crainte de se faire pilonner par la horde des mercenaires lourdement armés. Quelque trois heures après l’attaque matinale, les envahisseurs sont mis en déroute par la réaction énergique des Forces armées béninoises et des citoyens. L’avion des mercenaires parvient à décoller en catastrophe, laissant des équipements et même un membre du contingent en la personne du Guinéen Bah Alpha Oumarou qui sera capturé vivant.
Dès l’annonce de l’agression perpétrée par les mercenaires, les masses populaires s’étaient mobilisées du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, sous la direction des Cdr, armés comme ils pouvaient, pour la riposte à l’ennemi et ce, pendant plusieurs semaines.

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