Le corps de la Police républicaine qui sera issu de la fusion de la gendarmerie et de la police nationales est désormais créé. La loi qui scelle cette réforme a été adoptée, ce mardi 26 décembre, par les députés par 54 voix pour, 22 contre et 0 abstention. Les travaux se poursuivent avec le projet de loi portant statuts du personnel de ce nouveau corps prévu pour être effectif dès le 1er janvier 2018.

Le vœu du gouvernement de doter le Bénin d’une Police républicaine à partir du 1er janvier 2018 est en passe de se concrétiser. L’Assemblée nationale a adopté, ce mardi 26 décembre, le texte fondamental créant cette force unique de sécurité qui sera issue de la fusion de la Gendarmerie et de la Police nationales. Le projet de loi est composé de neuf articles et a été adopté par un vote à main levée de 54 voix pour et 22 contre (provenant des députés de l’opposition) et 0 abstention. La naissance de ce corps permettra au Bénin de disposer d’une force unique de sécurité adaptée au contexte béninois et capable de lutter efficacement contre l’insécurité protéiforme contemporaine. Cette réforme est inscrite au rang des priorités du Programme d’action du gouvernement dans le cadre du renforcement de la protection des personnes et des biens, renseigne le rapport de la commission chargée des Lois examiné et adopté hier par la plénière.
Cette force unique adoptera le modèle de police communautaire et établira des partenariats stratégiques avec la population pour réduire la criminalité, juguler les crises intérieures afin de créer un environnement propice au développement. En d’autres termes, la création de la Police républicaine se veut une solution à la délinquance et à la criminalité multiforme auxquelles les populations des contrées béninoises sont confrontées et qui les amènent à exiger plus de sécurité de leurs gouvernants. Une vision que saluent les députés de la majorité présidentielle intervenus au cours du débat général en prélude à l’adoption de ce projet. Selon eux, le gouvernement a vu juste de fusionner les deux corps pour leur permettre d’être plus efficaces. Cette fusion va permettre de mettre fin aux dysfonctionnements, aux lourdeurs, aux incohérences et à la difficile collaboration notés dans la conduite de certaines opérations sécuritaires inter-forces sur le terrain. Ce qui sera désormais un vieux souvenir avec la création de la force de sécurité unitaire qui mette désormais les deux corps sous la responsabilité d’une même direction générale. Cette réforme a déjà vu le jour dans plusieurs pays d’Afrique et dans le monde, défendent plusieurs députés de la mouvance dont André Okounlola, Gildas Agonkan et Abdoulaye Gounou.
Le Bénin ferait partie des quelques rares pays encore à la traîne par rapport à la mise en place de cette force unique sécuritaire, expliquent les députés de la mouvance avant de rassurer les agents de la gendarmerie et de la police nationales qui craignent pour leur carrière professionnelle des dispositions prises dans la loi pour que tout se passe bien au moment de la mise en œuvre de cette réforme. Plusieurs amendements ont été faites pour une bonne gestion des questions qui font peur notamment celles relatives aux salaires et aux avancements c’est-à-dire aux galons.

Des craintes de l’opposition

Les assurances de la majorité parlementaire ne sont pas du tout partagées par leurs collègues de la minorité. Selon ces derniers, il y a un grand danger à vouloir fusionner la gendarmerie, un corps militaire et la police, un corps paramilitaire. Même s’ils peuvent y avoir des points communs, les deux corps se distinguent à maints égards dans la façon de fonctionner sur le terrain. Ce qui risque de créer une méfiance entre les deux corps qui s’acceptaient difficilement, alerte le député Simplice Codjo Dossou. Selon lui, cette méfiance est source d’insécurité. Il sera appuyé par ses collègues Valentin Djènontin et Nourénou Atchadé qui soutiennent qu’aucun des personnels des deux corps appelés à disparaître dès le 1er janvier 2018 n’est d’accord pour cette réforme. Ils proposent au gouvernement de privilégier la voie de la concertation et d’aller doucement afin de garantir la réussite de ce projet.
Ces inquiétudes ont été dissipées par le gouvernement représenté à la plénière par le ministre chargé de la Justice. Me Joseph Djogbénou insiste sur la nécessité de la mutualisation des expériences entre la gendarmerie et la police en vue de permettre à l’Etat d’utiliser avec efficacité et efficience le peu de ressources dont il dispose pour faire face aux défis sécuritaires du pays. Il n’a pas manqué de revenir sur le long processus qui a conduit à l’élaboration d’un projet de loi. Lequel processus a commencé par la mise en place d’une commission installée le 4 janvier dernier et composée de hauts gradés de la police, de la gendarmerie et autres. Cette commission présidée par le général Félix Hessou a fait le tour du pays à la rencontre les différents acteurs concernés par la réforme. Elle a déposé son rapport le 18 juillet dernier au chef de l’Etat. Un comité de suivi composé de juristes de haut niveau et autres a été mis sur pied par la suite et a élaboré les avant-projets de loi qui ont été examinés en Conseil des ministres qui a adopté les projets de loi dont l’un porte sur la création de la Police républicaine et l’autre sur le statut des personnels de cette force unique. Ce sont donc les deux documents qui ont été transmis à l’Assemblée nationale pour examen et vote, précise le garde des Sceaux pour montrer tout le soin mis en amont par le gouvernement dans la mise en place de cette réforme.
La commission chargée des lois a adopté la même démarche participative, renchérit Alexis Agbélessessi, président de cette commission. Les observations et préoccupations des différents corps de la gendarmerie et la police nationales ont été analysées et prises en compte dans la mesure du possible, assure-t-il. Seulement l’adoption de cette loi n’est que la première étape. Il reste le vote du second texte à savoir le projet de loi portant statut des personnels de la Police républicaine composé de 172 articles. Les députés ont démarré hier l’examen de ce projet de loi qui se poursuivra demain jeudi 28 décembre.

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