Le président français Emmanuel Macron est-il décidé à mieux faire que ses prédécesseurs quant à la restitution du patrimoine africain gardé dans son pays ? Cette question, bien d’acteurs culturels sur le continent se la posent depuis l’annonce faite par le chef de l’Etat français face aux étudiants burkinabè à Ouagadougou, en début de semaine.

« Le patrimoine africain doit être mis en valeur à Paris mais aussi à Dakar, à Lagos, à Cotonou. Ce sera une de mes priorités. Je veux que d’ici à cinq ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique ». Ce sont là, les mots du chef de l’Etat français Emmanuel Macron qui remettent en confiance le continent africain quant à la récupération de son trésor culturel toujours aux mains d’institutions et de personnes en France. Le discours d’Emmanuel Macron, pourrait-on dire, marque une certaine rupture avec sa position antérieure, à son arrivée au pouvoir.
Le gouvernement béninois avait en effet annoncé les couleurs le mercredi 27 juillet 2016 en instruisant certains ministres « à engager les négociations avec les autorités françaises et l’Unesco pour le retour au Bénin » de ses biens culturels avant d’autoriser le 8 mars 2017 « l’organisation d’une rencontre entre une délégation officielle du Bénin et les autorités françaises pour l’opérationnalisation du processus de restitution ». Une pétition a même été lancée pour exiger cette restitution. Malgré ces actions, le ministre français des Affaires étrangères d’alors, Jean-Marc Ayrault, s’était opposé à la demande de restitution de trésors culturels du Bénin. Le quai d’Orsay avait opposé une fin de non-recevoir au motif « d’inaliénabilité » et d’« imprescribilité » des biens en question. Sauf que la nouvelle position de la France semble bien plaire aux acteurs culturels béninois.
L’adresse du président Emmanuel Macron sur un système de facilitation des échanges culturels et intellectuels entre la France et l’Afrique francophone doit retenir notre attention et nous devrions voir cela de près et si possible, si on nous y associe en tant qu’Africains, ce serait mieux », fait observer Ousmane Alédji, analysant ce discours du président Macron.

La voie

Au sujet de la facilitation du rapatriement vers le continent du patrimoine africain spolié du fait des guerres, des vols et des trafics, que la France souhaite restituer désormais,  l’entrepreneur culturel soutient sans réserve que « le Bénin a ouvert la voie ». Nous avons eu le mérite, soutient-il « d’avoir incité le chef de l’Etat français à mûrir une telle décision. Il faut réclamer la paternité de l’initiative, même si au final c’est lui qui l’annonce, je suis certain que d’autres pays vont en profiter parce que le Bénin n’est pas le seul. J’ai vu des objets de nombreux autres pays au musée du Quai-Branly ». Ousmane Alédji voit venir aussi du mieux sur le plan des échanges culturels avec l’Afrique francophone. « C’est peut-être un peu naïf de ma part, mais je préfère espérer que les relations s’améliorent entre le France et ses partenaires d’Afrique », espère-t-il.
Qu’adviendra-t-il alors si au finish tout cet espoir se révélait vain ? A cette interrogation, la réponse d’Ousmane Alédji ne se fait pas attendre. « Si au final, il ne tient pas ses promesses, on retiendra qu’il a pris tel et tel autre engagement qu’il n’a pas honoré. Mais j’ai le sentiment qu’il a envie de faire évoluer les choses, de faire du mieux, et que nous pouvons lui donner ne serait-ce que le temps de réaliser ses projets », affirme-t-il. Selon lui, les Africains en général et les Béninois en particulier qui attendent impatiemment la restitution de leurs trésors culturels n’ont rien à perdre à attendre, à espérer qu’il tienne parole. « Personnellement, au lieu d’être dans la critique même objective de ce discours, je préfère être aujourd’hui dans l’espérance du mieux. Nos destins sont liés », confie Ousmane Alédji. « Je peux même m’engager à conduire une dynamique béninoise qui va dans le sens de réclamer avec plus d’actes et d’actions, vu que le Bénin est pressé de retrouver son patrimoine. Nous allons y travailler et j’espère que du côté de la France nous aurons une bonne écoute », conclut-il?

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