Le bâtonnier de l’Ordre des avocats du Bénin, Me Yvon Détchénou, entouré de quelques membres de l’ordre, a organisé, ce jeudi 23 novembre à Cotonou, une conférence de presse. Elle s’inscrit dans le cadre des activités de la rentrée solennelle du barreau prévue pour ce matin et a porté sur le thème « La sécurité juridique et judiciaire ».

Introduisant, ce jeudi 23 novembre, la rencontre avec les hommes sur le thème « Sécurité juridique et judiciaire » retenu par le Barreau béninois dans le cadre de sa rentrée solennelle, le bâtonnier de l’Ordre des avocats du Bénin, Me Yvon Détchénou, a déclaré sacrifier à un exercice particulier qui n’a pas souvent été fait. En raison du constat fait dans les prisons suite à une tournée qui y a été organisée par différentes missions, il a indiqué qu’il y aura désormais un avocat pour chaque détenu. Une permanence est organisée pour assister les inculpés et protéger les personnes vulnérables comme les mineurs, notamment en raison de la culture du viol qui se répand de plus en plus. Le Barreau entend montrer sa disponibilité à apporter une assistance judiciaire à toutes les personnes qui sont dans le besoin.
Pour Me Yvon Détchébnou, la situation carcérale et celle judiciaire dans les prisons sont préoccupantes. D’où la décision prise de veiller par l’assistance juridique et judiciaire pour que toutes les personnes privées de liberté voient leur situation judiciaire améliorée.
Me Raoul Placide Houngbédji, président de la Commission de garantie des libertés individuelles et collectives, rappelle que, du 25 au 29 septembre dernier, des équipes d’avocats constitués ont sillonné toutes les maisons d’arrêt du pays. Des constats, « 7358 personnes sont en détention dans dix maisons d’arrêt dont 96 % de sexe masculin, pour 1 % de mineurs et 3 % de sexe féminin. Dans tout le lot, 92% proviennent de la jeunesse », informe-t-il. « On relève qu’à la réalité, l’hyper majorité des détenus sont en détention provisoire », déplore le président de la commission.
Sur les infractions reprochées au tribunal d’Abomey-Calavi, c’est le viol sur mineure qui prime avec un taux de 16%. A Lokossa, c’est le meurtre qui est en tête. Par contre à Akpro-Missérété, les conditions carcérales répondent plus aux normes, dans la mesure où les détenus sont déjà condamnés. L’assassinat est en tête, dans cette maison carcérale. A Natitingou, c’est également l’assassinat qui prime. A Cotonou, il y a plus des cas de vol et d’association de malfaiteurs.
Par rapport à la population carcérale, Me Raoul Placide Houngbédji déplore la surpopulation carcérale où voleurs de moutons cohabitent avec des assassins, des délinquants mineurs et des personnes en détention préventive. Il déplore également l’insalubrité qui règne en maître et la vidange serait faite par les délinquants à main nue. « Les infirmeries existent mais beaucoup plus de nom et sont dépourvues de produits de première nécessité. Du point de vue respect des droits de l’Homme, les prisons au Bénin s’apparentent aux lieux de déshumanisation », déplore-t-il. Il regrette que les détenus payent avant de recevoir la visite de leurs parents.

Libérer tous les détenus politiques

En ce qui le concerne, Me Angelo Hounkpatin, directeur du Fonds d’assistance judiciaire et juridique du Barreau (Fajub), justifie la création dudit fonds en 2009 qui obéit à la décision prise lors de la Conférence des Forces vives de la nation de février 1990 de libérer tous les détenus politiques et le constat que beaucoup de violations des droits de l’Homme sont commises dans le silence et l’indifférence. Ainsi, la création du fonds, précise-t-il, vise à contribuer à la protection juridique et judiciaire de chaque citoyen. C’est sur cette base, relève Me Angelo Hounkpatin, que chaque année, le Barreau organise une caravane de 72 heures sur fonds propres au profit des personnes en détention ; parfois avec la contribution de "La Voie de la justice" qui regroupe des avocats français et belges et de "Prisonniers sans frontières".
Quant à Me Alexandrine Saïzonou-Bédiè, présidente de l’Association des femmes avocates du Bénin, elle développe qu’il y a une culture du viol qui se répand. Face à la sensibilisation, les langues se délient et il est heureux que les parents et même les victimes acceptent de dénoncer ces déviances.
Par rapport à la protection des personnes vulnérables, un comité a été mis sur pied et travaille à faire reculer la culture du viol.
Pour le bâtonnier, le sujet préoccupe ses collaborateurs et lui. Ce qui l’a amené, pour les récentes sessions de la cour d’assises, à commettre également des avocats pour les victimes au même titre que les personnes poursuivies. « 2763 cas de grossesses dans les lycées et collèges pour 2016 et 2017 révolte », s’offusque-t-il. Il appelle les autorités politiques et les responsables à divers niveaux à œuvrer pour que ces comportements cessent?

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